8 Tevet 5779‎ | 16 décembre 2018

La coalition Binyamin Nétanyaou développe des symptômes préoccupants de désagrégation

Prime Minister Benjamin Netanyahu and MK David Amsalem during a Likud party faction meeting at the Knesset on january 08, 2018. Photo by Miriam Alster/Flash90 *** Local Caption *** ראש הממשלה בנימין נתניהו ליכוד ישיבת סיעה כנסת דוד אמסלם

A l’issue d’un nouveau débat tendu et d’un vote marathon qui s’est prolongé durant toute la nuit de lundi à mardi dernier, la Knesset a voté avec une majorité d’une voix (58 pour, 57 contre) la loi permettant au ministre de l’Intérieur de fermer les supérettes ouvertes le Chabbat. Un succès qui a des airs de défaite et qui risque de marquer le début de la fin de l’actuelle coalition gouvernementale. Analyse de Daniel Haïk.

 

Il est convenu, dans le landernau politique israélien, d’affirmer que les élections pour la 20e Knesset en 2015 avaient été avancées, deux ans à peine après le précédent scrutin législatif (de janvier 2013), à cause de la fameuse loi sur le « Israël Hayom », interdisant la distribution gratuite de quotidiens d’information. Mais de facto, ces élections ont été anticipées par Binyamin Nétanyaou parce que la coalition qu’il avait formée alors, était devenue totalement ingérable. Il est vrai que, d’emblée, il s’agissait là d’une coalition contre-nature réunissant autour d’une même table des partenaires aussi idéologiquement différents, pour ne pas dire opposés, qu’Israël Beteinou de Liberman et Yech Atid de Lapid, ou encore Naftali Benett (Foyer Juif) et Tsipi Livni (Hatenoua). Mais après trois mois d’intenses tractations, Mr Nétanyaou n’avait pas eu, à l’époque, d’autre alternative que de rassembler ces « frères ennemis » au sein d’un même gouvernement, abandonnant, au passage, ses alliés de toujours, les orthodoxes au bénéfice d’un associé Yaïr Lapid bien plus turbulent. Nétanayou savait qu’avec Lapid dans le gouvernement, il laissait entrer un « loup dans la bergerie », mais il n’avait pas le choix. Très vite, ces partenaires, qui n’avaient d’autre point commun que celui de vouloir gouverner, ont tenté de promouvoir des projets de loi partisans, comme la loi sur la conversion (Hatenoua), la loi sur une TVA de 0 % (Yech Atid), ou encore la loi fondamentale de la nationalité (Foyer Juif). Au cours des premiers mois, la coalition avait respecté une certaine discipline parlementaire, mais peu à peu celle-ci s’était effritée. Finalement, Binyamin Nétanyaou a dû limoger Lapid et Livni qu’il soupçonnait d’avoir tenté de pactiser contre lui. Ce qui a conduit à la dissolution du parlement.

Au lendemain des élections de 2015, Binyamin Nétanyaou n’a donc pas réitéré la même erreur : il s’est entouré de partenaires « naturels » comme Chass et le Judaïsme orthodoxe de la Torah, ou encore comme le Foyer Juif et Israël Beteinou (entré plus tard), dans l’espoir de ne plus avoir à subir à nouveau le même cauchemar. Et effectivement , depuis maintenant près de trois ans, cette coalition « homogène » a réussi sans difficultés à faire voter de nombreux projets de loi déposés par les formations qui la composent… jusqu’à ces dernières semaines, ou plus exactement depuis la démission de son très autoritaire président, le député Likoud David Bitan. Depuis que ce dernier est empêtré dans des enquêtes judiciaires qui le soupçonnent de (grave) corruption, rien ne va plus dans cette coalition. Ainsi, il y a deux semaines, l’opposition est apparue unie et déterminée à enrayer la loi sur les recommandations de la police. Face à elle, comme nous l’avions déjà constaté, la coalition est apparue fragilisée, désemparée, et sans ligne directrice. La semaine dernière, c’est Binyamin Nétanyaou qui a endossé le costume de patron de cette coalition, afin de faire en sorte que la loi d’Israël Beteinou sur la peine de mort soit votée en lecture préliminaire. Le Premier ministre a téléphoné aux ministres et députés et il a fait durer son intervention à la tribune du parlement afin de permettre à Miri Reguev de revenir d’une visite importante à l’extérieur et de voter. Presque incroyable pour un chef de gouvernement !

Il faut bien avouer que l’attitude du Premier ministre dans ce dossier de la peine de mort (voir notre encadré) est plutôt surprenante. Alors qu’il n’hésite pas à remoucher Naftali Benett lorsque celui-ci lui fait remarquer que le gouvernement gèle depuis trois semaines un projet de loi visant à favoriser l’université d’Ariel (Samarie), Mr Nétanyaou reste incroyablement docile face aux caprices de Liberman. Ainsi, alors qu’il a sonné dans la nuit de lundi à mardi le rassemblement général des forces parlementaires vives, Nétanyaou a toléré qu’Israël Beteinou s’oppose à cette loi sur les supérettes du Chabbat. Comme s’il s’agissait d’un incontournable coup du sort.

Pourquoi Binyamin Nétanyaou semble avoir de plus en plus de mal à contrôler sa coalition gouvernementale ? Plusieurs réponses à cette question.

La première n’est pas sans rappeler la mise en garde que Mr Nétanyaou avait lui-même adressée à Ehoud Olmert lorsque ce dernier passait le plus clair de son temps face aux enquêteurs de la police, surtout en 2008 : « Un Premier ministre mis en cause dans tant d’affaires judiciaires ne peut pas continuer à gouverner convenablement une nation », avait dit à l’époque Mr Nétanyaou. Aujourd’hui, cette affirmation se retourne contre lui. Incontestablement, la prolongation des enquêtes judiciaires handicape le Premier ministre et l’empêche de gérer les affaires de l’Etat à 100 % de ses capacités. Au lendemain de la démission de David Bitan, expliquée par le désir de ce dernier de se consacrer à défendre son honneur et son innocence, certains observateurs se sont demandés pourquoi ce qui était valable pour le patron de la Coalition ne l’était pas à plus forte raison pour le Premier ministre. Et attention : le prolongement de l’enquête sur le dossier 1000 (cadeaux), prolongement qui pourrait reporter l’annonce des recommandations de la police à après Pessa’h, ne peut être perçu comme un indice encourageant, mais plutôt comme la volonté du Parquet d’obtenir des enquêteurs un dossier « en béton » qui accablerait le Premier ministre.

La seconde explication à cet état de fait dans la coalition est que l’affaiblissement du Premier ministre n’a pas échappé aux chefs de file des formations qui la composent. La démission de Bitan a été une sorte de point de rupture pour certains d’entre eux : désormais ils considèrent Nétanyaou comme un homme d’Etat blessé, affaibli. Personne ne le dira ouvertement mais au Likoud, la guerre de succession a débuté en sourdine. Bien évidemment, Nétanyaou a prouvé durant sa longue carrière qu’il était dangereux de l’enterrer politiquement avant l’heure et qu’il n’était jamais aussi performant que lorsqu’il est blessé. Mais quelque chose s’est brisé et les attaques successives des médias hostiles au Premier ministre, comme celles liées aux agissements peu glorieux de son fils Yaïr, finissent de persuader les indécis que l’ère Nétanyaou, si elle n’est pas encore terminée, semble bien amorcer un tournant plus que périlleux.

Daniel Haïk.