9 Iyyar 5778‎ | 24 avril 2018

Pourquoi les Iraniens sont-ils redescendus dans la rue ?

People protest in Tehran, Iran December 30, 2017 in in this picture obtained from social media. REUTERS. THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY. - RC1F4C4949E0

Voilà presqu’une semaine que des centaines de milliers d’Iraniens appartenant à tous les secteurs de la population, manifestent dans de nombreuses villes contre la vie chère, la corruption et le régime.

 

Fait intéressant : dans les rassemblements qui rythment la vie de l’Iran depuis le jeudi 28 décembre, les manifestants chantent des slogans contre le pouvoir. Tout cela a commencé à Machhad (dans l’est iranien) avec des slogans contre la corruption et la situation économique du pays – toujours entravée par les sanctions internationales restant en place malgré l’accord de juillet 2015 sur le dossier nucléaire de l’Iran –, et aussi contre le président Hassan Rohani, devenu, malgré ses allures de prétendu modéré, la figure emblématique du régime.
C’est que très vite, les manifestations ont pris, un peu partout – et pas seulement chez les étudiants de Téhéran –, une tournure politique en critiquant tout le système et même la diplomatie moyen-orientale de Téhéran, dont l’aide financière et militaire prodiguée au président syrien Bachar Al-Assad. Ainsi, des milliers de manifestants, notamment dans les villes de Khorramabad, Zanjan et Ahvaz (ouest iranien), ont crié « Mort au dictateur ! ». Et à Kermanshah, cité majoritairement kurde et sunnite dans un Iran à 88% chiite, des centaines de personnes ont crié des slogans comme « Abandonne la Syrie, occupe-toi de nous ! ».
Parallèlement, les subventions d’Etat allouées aux organisations religieuses et militaires – dont beaucoup d’activités sont inconnues – ont suscité, depuis des mois, de vifs débats sur les réseaux sociaux…
Un mécontentement surtout économique, mais aussi politique !

Alors que le régime s’est efforcé, lors du weekend, de mobiliser un peu partout des rassemblements pro-Rohani et « contre la sédition », cela n’a en rien brisé ce large mouvement de protestation qui, en ce début de semaine, continuait à s’étendre même dans les petites villes. Dans son allocution télévisée du 31 janvier, Rohani devait lui-même reconnaître – en contraste avec la terrible répression menée au printemps 2009 par son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad – « le droit des Iraniens à manifester »… Dans ce discours, il a même tenté de légitimer les protestataires et leurs revendications « pas seulement contre l’état de l’économie, mais aussi contre la corruption et l’absence de transparence ». C’est que, pour lui, l’enjeu est de taille face à cette vague de contestation et à la popularité des slogans centraux scandés dans tous les rassemblements « contre la hausse des prix ».

Certes, Rohani est parvenu à faire baisser l’inflation autour des 10% (contre 40% avant lui), mais le chômage des jeunes reste très élevé atteignant à 28,8%, y compris selon les chiffres officiels. Le régime éprouve aussi beaucoup de difficultés à faire venir les investisseurs étrangers, surtout depuis l’élection à la Maison Blanche de Trump, qui a refusé de « certifier » l’accord nucléaire et menacé de le dénoncer…

En fait, c’est depuis le début du second mandat de Rohani qu’ont commencé des rassemblements organisés par des retraités, des ouvriers et des enseignants non payés depuis des mois. De plus, la faillite des dizaines d’agences de prêts illégaux, créées sous Ahmadinejad, avait déjà poussé de nombreux épargnants à protester régulièrement devant diverses institutions étatiques pour exiger des remboursements.

De plus, le prix des œufs – un aliment vital pour les Iraniens les plus pauvres – a presque doublé, ces derniers jours. Quant au prochain budget, présenté début décembre au Parlement – même s’il entre en vigueur en mars 2018 –, il prévoit aussi d’augmenter le prix de l’essence de 50% en le portant à 40 centimes d’euro par litre.

C’est donc ce climat de mécontentement économique latent, rejoignant des frustrations bien plus profondes liées à l’impasse politico-sociale, qui explique l’ampleur, sans précédent depuis 8 ans, de cette contestation.

Richard Darmon

 

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