9 Iyyar 5778‎ | 24 avril 2018

Entretien sécuritaire avec l’ancien vice-président de la Knesset, le lieutenant-colonel (rés.) Yoni Shetbon

« En 2018, la menace des tunnels offensifs à Gaza sera réduite au minimum »

Depuis l’échec de sa tentative d’élection à la députation dans la 20ème Knesset, l’ex-député (Foyer Juif) Yoni Shetbon s’est fait discret. Il a développé un bureau de « consulting sécuritaire » et a pris le commandement d’un bataillon de combat dans le corps d’armée déployé autour de Gaza. Mais le virus de la politique ne l’a jamais abandonné. Il y a quelques mois, il a quitté le quartier paisible de Kiryat Moché à Jérusalem pour revenir à Netanya, ville où il a grandi, où vivent ses parents et où son père, le Dr Shetbon, a été conseiller municipal. Depuis son arrivée dans la cité francophone, les rumeurs persistantes affirment que Yoni, qui porte son prénom à la mémoire du lieutenant-colonel Yoni Nétanyaou zal, aurait l’intention de briguer le poste de maire de Netanya. Mais pour l’instant, il ne confirme pas l’information. A la fin de cette année civile 2017, nous l’avons interrogé de manière plus spécifique sur l’une de ses préoccupations : les enjeux sécuritaires de l’Etat d’Israël. Discussion passionnante.

 

Haguesher : Yoni Shetbon, l’un des développements sécuritaires majeures de 2017 a été la neutralisation par le génie de Tsahal, de tunnels offensifs partant de Gaza. Est-ce qu’à votre avis, cette menace stratégique pour Israël appartient désormais au passé ?

Yoni Shetbon : Je voudrais vous rappeler que lors de l’opération Bordure Protectrice, pendant l’été 2014, j’étais membre de la commission de la Défense de la Knesset. C’est à cette époque que le Hamas a réussi, pour la première fois, à menacer Tsahal et la population israélienne du sud du pays, avec ses tunnels offensifs qui pénétraient en territoire israélien dans le but de permettre au mouvement intégriste de commettre des attentats d’envergure ou bien des enlèvements de soldats. Cette opération a, de facto, été lancée pour venir à bout de ce fléau, et devancer les desseins du Hamas. Concrètement, l’opération a permis d’éviter une attaque gravissime de la part du mouvement terroriste. Que se passe-t-il maintenant ? Nous ne pouvons pas tout dire, car il y a là des secrets militaires. Mais je puis dire, en tant que commandant d’un bataillon de combat dans la région de Gaza, que la menace des tunnels offensifs n’a pas disparu. Le Hamas investit des efforts impressionnants et plus de la moitié de son budget courant, pour continuer à creuser ces tunnels. Les Européens doivent savoir que les fonds très substantiels qu’ils acheminent vers la Bande de Gaza, sont réinvestis dans la construction de ces tunnels, et non dans la construction de nouveaux immeubles ou de nouvelles infrastructures.

 

– Vous parlez des Européens, mais que dire alors des autorités israéliennes, qui permettent l’entrée dans la Bande de Gaza de quantités stupéfiantes de ciment, tout en sachant pertinemment que ce ciment servira à la construction de tunnels.
– Vous avez raison. D’un côté, il y a, à Gaza, une grave pénurie de logements. Et de l’autre côté, le Hamas investit ces matériaux de construction uniquement dans les tunnels, au lieu de se focaliser sur la construction d’unité de logements. Mais que faire ? Le Hamas est une organisation terroriste qui aspire à détruire Israël et avec laquelle on ne peut traiter. Empêcher le ciment de passer vers Gaza aurait suscité un tollé général. Ce qui signifie que nous sommes pris au piège dans un tel dossier.

– Et pourtant, ces derniers mois, nous avons pu constater que Tsahal avait développé des technologies très poussées pour déceler les tunnels offensifs et les neutraliser ?

– Effectivement. Au cours de l’année 2017, Tsahal a considérablement progressé dans les efforts entrepris pour repérer ces tunnels. Les nouvelles technologies se sont développées, et ont permis de trouver les moyens de neutraliser ces tunnels. A cela, il faut rajouter le mur de sécurité qui est construit en profondeur le long de la frontière entre Gaza et Israël, et qui renfermera aussi des technologies de détection particulièrement sophistiquées. Avec cela, le Hamas est en train de comprendre qu’en 2018, il sera confronté à une nouvelle réalité et, de facto, la menace stratégique représentée par ces tunnels sera révolue.

– Que fera-t-il alors ?

– Il y a plusieurs scénarios possibles : le premier est que le Hamas se lance dans une nouvelle confrontation avec Israël, avant que ce mur de sécurité souterrain ne soit terminé. Les Palestiniens pourraient, par exemple, tirer sur Tel Aviv, et alors nous n’aurions pas d’autre alternative que de réagir fermement. Pour l’instant, ni le Hamas ni Israël ne le souhaitent, pour des raisons diverses. Mais les petites organisations extrémistes et rebelles telles que le Djihad qui agissent dans Gaza, peuvent faire grimper la tension et provoquer un nouveau round de violences. C’est ce qui s’est déjà passé ces dernières semaines. Et pour l’instant, le Hamas et Israël ne tombent pas dans le piège.

La seconde option est que le Hamas comprenne que la menace des tunnels est révolue, et qu’il revienne à sa précédente stratégie : celle des tirs de missiles. Il est probable que le Hamas tente, avec l’aide des iraniens, de se doter de missiles plus sophistiqués, d’une portée plus élevée, et plus capables d’éviter les missiles anti-missiles de Dôme de fer.

– Quelles conséquences cela pourra-t-il avoir pour Israël ?

– L’Etat d’Israël peut se résigner à une situation cyclique de confrontation avec le Hamas. A chacune de ces confrontations, Tsahal pénètrera dans la bande de Gaza, et nettoiera les nids terroristes. Il y aura ensuite quelques années de calme, et à nouveau, une tension qui conduira à un nouveau round de combats. Mais il y a une autre solution, qui consiste à reprendre le contrôle sécuritaire de la bande de Gaza, comme cela s’est produit avec la Judée et la Samarie en avril 2002, durant l’opération Rempart : Tsahal a repris la main, et lorsque le besoin s’en fait sentir, il entre dans les villes de Judée et Samarie.

– Oui, je comprends, mais Gaza n’a rien à voir avec Naplouse, Bethléem ou même Hévron ?

– Je le reconnais, mais je vais vous raconter une anecdote : j’étais, en 2002, un jeune officier des commandos d’élite Egoz. Je me souviens des consultations entre officiers supérieurs ; certains disaient qu’entrer dans la casba de Naplouse était un pur suicide. Ils nous avaient alors parlé de plusieurs centaines de morts ! Or Tsahal a, grâce à ses combattants et à la créativité des jeunes officiers, réussi à déjouer ces funestes pronostics. Et aujourd’hui, on étudie dans les écoles de guerre les combats de l’opération Rempart dans les espaces urbains palestiniens.

– Je constate que toutes vos estimations ne tiennent pas du tout compte du processus hésitant de réconciliation entre le Hamas et le Fatah ? Pourquoi ?

– Nous ne devons pas faire dépendre notre sécurité des humeurs des Palestiniens. Car sur le fond, le Hamas et le Fatah veulent d’abord la même chose : un état palestinien sur l’ensemble de la Cisjordanie. Et toutes les accolades qu’ils se donnent m’inquiètent plus qu’ils ne me rassurent. Car finalement, ni le Hamas ni le Fatah n’ont renoncé à la théorie du salami, et leur objectif final est le même : reconquérir la Terre d’Israël.

– Nous avons beaucoup parlé de la menace au sud, mais celle qui se précise au nord est également loin d’être négligeable. Comment l’analysez-vous ?

– Nous devons d’abord comprendre, et je crois que cela aurait dû être précisé depuis le début de notre entretien, que l’Etat d’Israël se trouve aujourd’hui dans sa meilleure situation sécuritaire depuis 1948. Pourquoi ? Parce qu’il n’est plus confronté à la menace sécuritaire d’un état et de l’armée de cet Etat, qui pourraient vouloir le conquérir. Cela a été dépassé ! Aujourd’hui, le monde arabe se démembre et, face à lui, Israël n’a plus de menace existentielle. Mais pour ce qui est du nord, il faut absolument que notre force de dissuasion soit intacte sur le terrain, et que tout tir qui partira de la Syrie vers Israël soit sévèrement sanctionné. Ensuite, il nous faudra faire montre de sérénité, et ne pas s’énerver au premier tir. Nous devons faire comprendre aux Syriens, aux Libanais et aux Palestiniens, que nous sommes ici pour rester, quoi qu’il advienne.

Propos recueillis par Daniel Haïk

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