9 Iyyar 5778‎ | 24 avril 2018

Histoire de ‘Hanoucca – Veni, vidi, vici !

L’archéologie, ça te branche ? Personnellement, ce n’est pas ma tasse de thé. Mais alors vraiment pas ! Je préfère mille fois mieux visiter des bâtiments modernes, abritant de préférence des centres commerciaux tout pleins d’habits en pré-soldes.

Cela dit, si un certain Dr Stephen Beck m’avait écouté te faire de telles confidences, il m’aurait sans doute fait les gros yeux. De quel droit ? Eh bien parce que, s’il y avait bien un domaine qui passionnait ce jeune journaliste juif, c’était la (poussiéreuse) étude des civilisations anciennes à partir des vestiges qu’elles avaient laissé derrière elles. Chacun son goût, n’est-ce pas ?

Tu t’imagines bien que, lorsque Mr Beck partait en voyage à l’étranger, ce n’étaient ni les plages de sable fin ni encore moins les montagnes recouvertes de poudreuse qui l’intéressaient. Il choisissait bien sûr des destinations l’une plus passionnante que l’autre, comme les ruines d’Empúries, un port antique gréco-romain situé en Espagne, ou encore l’Acropole d’Athènes en Grèce…

Un beau jour, on le chargea de rédiger un article sur l’arc de Titus, un arc de triomphe érigé à Rome. Mais cette visite lui laissa un goût amer dans la bouche. En effet, il s’avère que ce monument a été construit par les Romains pour commémorer la prise de Jérusalem et la destruction du Second temple de Jérusalem. Sur le pilier sud, notre archéologue juif distingua d’ailleurs une scène qui ne fit que l’attrister davantage. On y voyait des soldats romains emporter les objets de valeur qu’ils avaient pillés dans notre saint temple avant d’y mettre le feu. Comme la Ménora à sept branches. Comme le Choul’han, la table des pains de proposition. Ou encore les ‘Hatsotserot, les trompettes sacrées utilisées au Beth Hamikdach.

C’est alors qu’une question lui traversa l’esprit. Ayant visité plusieurs vestiges de l’ancien empire gréco-romain, Dr Beck avait remarqué que la plupart d’entre eux se trouvaient dans un triste état. « Pourquoi le Tout-Puissant a-t-il permis à ce monument si humiliant pour les Juifs, d’exister pendant toutes ces années ? Pourquoi n’a-t-Il pas fait en sorte qu’il s’effondre, comme les innombrables monuments de la Rome antique tombés en désuétude ? » se demanda en son for intérieur notre journaliste. Mais il lui fallut attendre un autre voyage pour trouver la réponse à sa question.

Plusieurs années après, Dr Beck se rendit en Angleterre pour faire des recherches sur le mur d’Hadrien, une structure d’environ 118 km, construit par l’empereur romain Hadrien comme fortification militaire. Captivant comme sujet, n’est-ce pas ?!

Joignant l’utile à l’agréable, il décida de faire un petit crochet par la petite ville de Gateshead (prononcez Getsed) pour visiter la très célèbre communauté juive qu’elle abrite. Un groupe de Juifs locaux se chargèrent de lui faire visiter les nombreuses et célèbres institutions de Torah qui font toute sa fierté. Des écoles pour garçons, des écoles pour filles. Des Yéchivot pour les jeunes hommes, des séminaires pour les jeunes filles. Bref, un vrai bastion de Torah et de judaïsme, perdu au fin fond du Nord de l’Angleterre…

Quand il arriva à la prestigieuse Yéchiva Guédola de la ville, il fut accueilli chaleureusement par une grande personnalité gatesheadoise ; le Rav Gurwicz, dirigeant spirituel de la Yéchiva. Celui-ci s’empressa de lui faire visiter le « centre nerveux » du bâtiment, la gigantesque salle d’étude. Et la scène qui s’offrit aux yeux du journaliste le stupéfia… Quelque 400 jeunes hommes en chemise blanche et en pantalons sombres étaient assis devant de drôles de pupitres accueillant un épais volume du Talmud grand ouvert. Et ils semblaient engagés dans des discussions si animées — voire même agitées —, que Dr Beck se demanda s’il n’était pas en présence d’un mouvement collectif de révolte… Mais l’éclat de joie qui dansait dans les yeux de ces étudiants lui fit comprendre qu’il était encore loin d’avoir tout compris.

— Que se passe-t-il ici ? demanda-t-il, très surpris. Qu’est-ce qui peut bien préoccuper ces jeunes hommes de la sorte ?

C’était exactement le type de question que le Rav Gurwicz attendait pour présenter le vrai visage de son institution à son interlocuteur.

— Mon cher Dr Beck, lui dit-il d’une voix passionnée, vous êtes venu en Angleterre pour écrire un reportage sur un mur désaffecté qui fut érigé jadis par l’empereur Hadrien. Or, il se trouve que c’est sous le règne de ce même Hadrien que le grand sage Rabbi Akiva fut condamné à mort. Près de dix-huit siècles se sont écoulés depuis ces tristes évènements, et aujourd’hui, rares sont les gens qui connaissent l’existence de ce fameux Hadrien. L’empire qu’il dirigeait s’est effondré, et ses descendants, s’ils existent encore, sont tombés dans l’anonymat. En revanche, les textes et les réflexions que nous a laissés le grand sage Rabbi Akiva, sont plus vivants que jamais. Ils sont lus et chéris, analysés et révérés par des centaines de milliers d’étudiants, comme ceux qui se trouvent sous vos yeux, dans les salles d’étude du monde entier. Hadrien était persuadé que l’assassinat de Rabbi Akiva et d’autres sages de notre histoire, marquerait la fin définitive de la transmission de la Torah. Mais il se trompait lourdement ! La Torah et les sages qui ont œuvré à sa diffusion, continuent de vivre dans les cœurs et les esprits des Juifs du monde entier. Et ça, c’est notre plus belle victoire contre l’empire romain !

Les paroles du Rav Gurwicz firent une grande impression sur le journaliste spécialisé dans l’archéologie. Repensant au malaise qu’il avait ressenti en observant l’arc de Titus, il comprit subitement qu’elles contenaient la réponse à sa question d’origine. Pourquoi le Tout-Puissant a-t-Il permis à ce monument si humiliant pour les Juifs, d’exister pendant toutes ces années ? Eh bien, pour montrer au monde entier la grossière erreur de Titus. Ce mécréant d’empereur pensait qu’en détruisant le Temple, il avait vaincu le peuple juif ?! L’avenir nous a prouvé le contraire. Aujourd’hui, rien ne reste de Titus, si ce n’est cet arc en détérioration. Mais nous, le peuple juif, demeurons vivants et prospères. C’est nous qui avons remporté la victoire !

D’ailleurs, les lumières que nous allumons à ‘Hanoucca ne rappellent pas seulement le miracle de cette petite fiole d’huile, qui brûla huit jours au lieu d’un. Elles symbolisent aussi la Flamme des Mitsvot et la lumière de la Torah, qui nous ont permis de survivre à tous nos ennemis !

Alors, si jamais tu profites de tes vacances de ‘Hanoucca pour faire une escapade à Rome, jette donc un coup d’œil à l’arc de Titus. Après tout, c’est l’arc de notre triomphe.

Et si tu as encore un peu de temps libre, profites-en pour rendre à Israël ce qui n’appartient pas à César : Veni, vidi, vici – grâce à la Torah, c’est nous qui avons vaincu l’empire romain et pas le contraire !

Ora Marhely

Inspiré d’un cours de Rav Y. Cohen

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