5 Av 5778‎ | 17 juillet 2018

Des centaines de milliers d’endeuillés à la Lévaya du Rav zatsal

Thousands of followers of Rabbi Aharon Leib Shteinman attend his funeral in the Ultra Orthodox city of Bnei Brak, on December 12, 2017. Rabbi Aharon Leib Shteinman passed away earlier this morning at the age of 104. Photo by Yonatan Sindel/Flash90 *** Local Caption *** ù"ñ äøá àäøåï ìééá ùèééðîï ìéèàé úôéìä çøãéí ìååéä äìååéä áðé áø÷

Des centaines de milliers de personnes en deuil ont accompagné, mardi, le Gaon Hador Rav Aharon Yéhouda Leib Steinmann vers sa dernière demeure, au cimetière de Ponievicz à Bné-Brak. Haguesher a suivi cet événement douloureux.

Mardi matin 12 décembre, veille de ‘Hanoucca : l’information se propage avec une rapidité inouïe : le Gaon Hador Rav Aharon Yéhouda Leib Steinmann est « niftar ». Il a rendu son âme au Créateur. Après avoir miraculeusement survécu, il y a quelques semaines, à une très grave insuffisance respiratoire, le Rav Steinmann s’est éteint à l’âge de 104 ans, à l’hôpital Maayané Hayéchoua de Bné-Brak. D’un seul coup, un voile de deuil et de douleur a enveloppé le monde de la Torah en Erets Israël. Très vite, l’entourage du Rav disparu a donné les premières directives en vue de sa Lévaya. Dans son testament, le Rav a demandé à être inhumé au plus prêt de l’heure de son décès. La Lévaya est fixée à midi. A travers tout le monde, des centaines d’autobus sont réquisitionnés pour acheminer des dizaines de milliers d’élèves des yéchivot et collelim qui aspirent à honorer, une ultime fois, le Roch HaYéchiva.

Des centaines de policiers sont déployés sur le parcours du cortège funéraire, qui doit partir de l’hôpital, passer par le très modeste domicile du Rav Steinmann, ré’hov ‘Hazon Ich 5, avant de rejoindre le cimetière. Des dizaines de sauveteurs du Maguen David Adom et d’Hatzalah sont également là, en position pour pallier à d’éventuels évanouissements, dans la foule qui se fait de plus en plus dense de minute en minute, d’heure en heure. Pour atteindre ces différentes étapes du cortège, ces milliers de personnes ont dû marcher parfois sur plusieurs kilomêtres. L’autoroute 4 qui traverse Bné-Brak a dû être fermée pour permettre un déplacement plus fluide des endeuillés.

C’est devant le domicile du Rav, que l’ont attendu les hespédim (oraisons funèbres) des principales sommités rabbiniques venues évoquer le souvenir du Gaon. Les Rabbanim ‘Haïm Kanievsky et Guershon Edelstein Chlita avaient exhorté les élèves de toutes les yéchivot et collelim à se rendre sur place. Et la plupart des Grands de la génération étaient présents. Parmi eux, le Rishon Letsion Rav Its’hak Yossef, le grand rabbin de Jérusalem Rav Chlomo Amar, le grand rabbin Ashkénaze d’Israël Rav Lau, le Roch Yéchivat Mir Rav Its’hak Ezra’hi, et encore beaucoup d’autres.

Mais c’est devant une foule estimée par la police à plusieurs centaines de milliers de personnes, que l’Admour de Viznicz a, en guise d’hesped, lu le testament du Rav Steinmann, rédigé il y a plus de 60 ans. Un testament qui a certainement surpris, mais qui n’est rien d’autre que le reflet de la personnalité à la fois unique et humble du Rav Steinmann :

« Durant mes obsèques, je vous demande de ne pas faire d’oraisons funèbres  à mon sujet, ni de me pleurer. N’utilisez pas à  mon propos le terme de Tsadik. Ne faites aucune publication à mon égard dans les journaux, qu’ils soient quotidiens ou hebdomadaires. Contentez-vous de mettre des photos. Ne diffusez pas l’information de ma Lévaya à la radio, un Minyan de 10 hommes sur place sera suffisant. Qu’il n’y ait pas de Bitoul Torah pour moi. Faites en sorte de ne pas retarder l’enterrement. Ma place est parmi des gens simples, au cimetière de Bné-Brak. N’écrivez rien de particulier sur ma tombe, seulement mon nom. Ne dépensez pas trop d’argent pour mon enterrement. Ne passez pas trop de temps aux moments des Chiva et Chlochim et Ya’htzeit, et allez étudier la Torah. Que ma famille ne me suive pas sur la route de la Lévaya. Je déconseille de nommer des enfants d’après mon nom, mais je ne l’interdis pas. Si attendre de prier prend du temps, étudiez en attendant. […] Que tous les hommes étudient un chapitre de michna chaque jour, et que toutes les femmes disent 10 chapitres de Psaumes chaque jour même Chabbat, pendant 12 mois », a écrit le Rav, avant de conclure : « Je demande pardon à tous ceux que j’ai pu blesser ou si je dois de l’argent ».

Le Rav Tsvi Eisenstein et le Rav Guershon Edelstein ont ensuite récité quelques Téhilim avant que celui-ci prenne la parole : « On ne peut pas dire d’oraisons funèbres, mais l’on peut pleurer. Que nous manque-t-il maintenant ? Qu’est-ce que le soleil, c’est lui qui donne la lumière, chaque homme en a besoin, et sans lui, c’est l’obscurité. Nous avions le soleil. La vie spirituelle a besoin de soleil, nous avons besoin d’une vie de lumière, d’un soleil spirituel. On n’a rien sans Torah. L’influence de la Torah est immense, il faut se renforcer dans l’étude de la Torah. Tout ce qu’elle donne, a un impact sur l’homme : Hachem nous a donné le Yétser Hara, et la Torah en médicament. C’est cela qui nous manque, maintenant : la Torah, le médicament. Sans foi, l’homme est triste, il faut accepter avec amour toute chose, cela, c’est la Torah qui le donne. Tous ses discours, on les imprimait. La crainte du Ciel et les bonnes Midot ont besoin d’être renforcées. Toute cette génération a été influencée par lui, sans lui, que pouvons-nous faire ? Vivre heureux, dans cette vie et la vie future. Chacun d’entre nous doit faire de son mieux pour se renforcer. ‘Hanoucca est un moment où l’on a besoin de renforcement, contre le Bitoul Torah (gaspiller son temps), c’est un moment spécial pour réussir dans la Torah, et si on ne le fait pas, c’est une occasion que l’on maque jusqu’à l’année prochaine. Il faut étudier la Torah. Que chacun de nous commence par prendre une petite chose sur lui, se renforcer même dans la plus petite chose. Le mérite du renforcement est immense, et nous faisons du ‘Hessed au Rav par notre renforcement ».

Le Rav Blau est également intervenu : « Celui qui le connaissait bien, sait que sa vie entière n’était que sainteté et pureté, il n’était presque pas physiquement présent dans le Olam Hazé. C’était un homme de vérité, un homme immense ».

Quant au Rav Its’hak Yossef, il a tenu à préciser : « C’est une immense perte pour tous. Grâce au rav Steinmann nous avons évité pendant de nombreuses années la division entre le monde ashkénaze et le monde sépharade, qu’il fut le premier à apprécier et à considérer d’égal à égal avec les autres. Nous avons envers lui une grande reconnaissance spirituelle ».

La foule a accompagné le Rav jusque devant le cimetière de Ponievicz, mais c’est finalement en toute intimité et à l’abri des regards, que le Rav a été inhumé dans la terre de Bné-Brak.

Zekhouto Tagen Alénou.

Neïla Ifrah