29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

Parachat Vayéchev – Le sang du visage…

Au moment où Tamar a été condamnée à mort par Yéhouda – qui ignorait être le père de l’enfant qu’elle portait – celle-ci n’a nullement cherché à lui retourner l’accusation. Alors qu’elle était conduite au bûcher, elle lui a simplement fait parvenir le sceau qu’il lui avait confié et lui a déclaré : « Je suis enceinte de l’homme à qui appartient ces objets » (Béréchit 38, 25).

Pourquoi n’a-t-elle pas clamé son innocence ? Car, explique Rachi, elle ne voulait pas humilier son beau-père en révélant qu’elle était enceinte de lui. Elle s’est donc dit : « S’il avoue être le père de l’enfant, tant mieux ; sinon, je préfère être brûlée vive plutôt que de “faire pâlir” son visage » – c’est-à-dire de l’humilier.

Un soupçon de meurtre

Nos Sages (Sota 10/b) déduisent de la décision de Tamar un principe fondamental : il vaut mieux se laisser jeter dans une fournaise brûlante, plutôt que d’humilier son prochain publiquement. Selon les Tossefot (ibid.), cette affirmation n’est nullement une métaphore emphatique : il s’agit là d’une loi concrète, stipulant que le fait d’humilier autrui n’est pas moins grave que les trois fautes capitales (l’idolâtrie, les relations interdites et le meurtre). En conséquence, il est préférable de se laisser tuer plutôt que d’humilier autrui.

Selon Rabbénou Yona (Chaaré Téchouva III § 139), humilier son prochain recèle en effet un « soupçon de meurtre ». D’après lui, cette idée apparaît dans l’expression consacrée par nos Sages pour parler d’une humiliation : « Faire pâlir le visage d’autrui ». En effet, lorsqu’un homme subit une telle avanie, « son visage pâlit et la rougeur de ses joues disparaît, ce qui est assimilé à un meurtre. (…) De fait, nos Sages comparent ce “soupçon de meurtre” au meurtre lui-même : de même qu’il est préférable de se laisser tuer plutôt que de tuer autrui, ainsi prescrivent-ils : “Il est préférable de se laisser jeter dans une fournaise brûlante, plutôt que d’humilier son prochain !” »

Verser le sang dans l’homme

Selon l’Alchikh, nous retrouvons une allusion à ce principe dans le premier énoncé de la Torah interdisant le meurtre, et qui se traduit littéralement ainsi : « Celui qui verse le sang de l’homme dans l’homme, son sang sera versé, car c’est à l’image de D.ieu qu’Il a créé l’homme » (Béréchit 9, 6). De fait, comment est-il possible de « verser le sang de l’homme dans l’homme » ? Cela fait donc allusion à une situation d’humiliation publique, lors de laquelle le sang du visage s’efface et est en quelque sorte « versé » dans le corps même de l’individu. Or, la Torah stipule à ce sujet : « Son sang sera versé » – le coupable méritera d’être tué pour avoir agi ainsi.

Selon l’Alchikh, la Torah explique ensuite pourquoi l’on se montre aussi sévère envers ce comportement, alors que concrètement aucun meurtre n’a été commis : « Car c’est à l’image de D.ieu qu’Il a créé l’homme. » Autrement dit, c’est sur les traits du visage de l’homme que l’on reconnaît l’empreinte divine, et c’est là toute son identité. Aussi, en versant le sang du visage, on en vient ainsi à faire perdre à l’individu sa nature profonde, ce qui est assimilé à un meurtre…

Chlomo Messica

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