29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

La loi sur les recommandations : la démarche de trop pour les pro-Nétanyaou ?

Prime Minister Benjamin Netanyahu with MK David Bitan during a Likud party faction meeting at the Knesset on November 27, 2017. Photo by Miriam Alster/Flash90 *** Local Caption *** ראש הממשלה בנימין נתניהו ליכוד ישיבת סיעה כנסת דוד ביטן

Est-ce que Binyamin Nétanyaou s’affaiblit politiquement ? Ou bien ne fait-il que traverser une mauvaise passe ? Toujours est-il qu’un sondage remet en cause le leadership du Premier ministre et met en avant son rival Gidéon Saar. Analyse.

 

Un sondage, réalisé en fin de semaine dernière pour le quotidien Maariv, et qui est étonnamment passé inaperçu, a révélé que si des élections législatives avaient lieu ces jours-ci, le Likoud n’obtiendrait que 25 mandats s’il était conduit par Binyamin Nétanyaou, mais il grimperait jusqu’à 30 sièges s’il avait, à sa tête, l’ancien ministre de l’Education Guidéon Saar. Pour l’entourage du Premier ministre, ce n’est pas la seule donnée préoccupante de ce sondage : en effet, il y a un mois à peine, le 9 novembre, le même Maariv révélait que 80% des électeurs du Likoud estimaient que Mr Nétanyaou était le plus apte à gouverner. Aujourd’hui, moins d’un mois plus tard, ils ne sont plus que 63% à conserver ainsi leur confiance au chef du gouvernement, soit une baisse sensible de 17 points en 4 semaines ! Et si l’on transpose cette question dans l’ensemble de l’électorat israélien, la chute du Premier ministre reste sensible puisqu’il est passé de 36% le 9 novembre dernier, à 26% en fin de semaine dernière !

On peut avancer plusieurs explications à cette baisse impressionnante :

La première se rapporte à la reprise des interrogatoires de la police à la résidence du Premier ministre. Depuis le 9 novembre, date du précédent sondage, Mr Nétanyaou a été interrogé à deux reprises, et ce, pendant de longues heures par les enquêteurs israéliens. Même si, concrètement, l’opinion publique ne peut pas se pencher de manière précise sur les chefs d’accusation qui pèsent sur lui, les « fuites » provenant apparemment des policiers eux-mêmes, laissent entrevoir que le comportement du couple Nétanyaou n’a pas été, au moins dans le dossier 1000, – celui des cadeaux  reçus des amis milliardaires –, de  toute intégrité… Le simple témoignage d’Hadas Klein, la collaboratrice conjointe d’Arnon Miltzan, le producteur hollywoodien et du milliardaire australien James Paker, est accablant : selon les fuites, elle fournissait régulièrement le couple Nétanyaou en champagne et cigares : « C’est Mr Nétanyaou lui-même qui m’appelait pour me dire la marque des cigares à acheter », a-t-elle affirmé aux enquêteurs. Selon des sources, tant Miltzan que Paker auraient admis qu’il ne s’agissait pas de cadeaux mais d’exigences de la part des Nétanyaou : « Un cadeau, on le reçoit, on ne l’exige pas » aurait affirmé Miltzan. Même si, dans l’absolu, il n’y aurait pas de preuve d’une contrepartie évidente offerte par Mr Nétanyaou en échange de ces cadeaux coûteux et douteux, ce comportement massivement répercuté dans les médias n’a pas manqué d’affecter Mr Nétanyaou, et même si les plus irréductibles lui restent pleinement loyaux et s’en prennent aux ennemis du Premier ministre, les autres, à savoir les Israéliens moyens, commencent à ressentir un profond malaise.
Or, ce malaise s’est amplifié la semaine dernière, lorsqu’il s’est s’avéré au-delà de tout soupçon, que la loi sur les « recommandations » proposée par le très controversé tandem Likoud David Bittan et David Amsallem, devait s’appliquer aux enquêtes concernant le Premier ministre. Au sein de l’électorat traditionnel du Likoud, on n’aurait pas du tout apprécié que ces deux députés bruyants aient exclu comme un malpropre celui qui est perçu en Israël comme la véritable boussole morale du grand parti de droite, Benny Begin. Le fils du chef de file historique du Likoud Menahem Begin, écarté par des députés-casseurs qui n’ont pas fait grand-chose de leur vie politique, c’en était trop pour ceux qui se souviennent encore du « Hadar », la « dignité », des disciples de Zeev Jabotinsky. Le Premier ministre l’a probablement compris de lui-même, puisque ce dimanche, il a fait savoir que cette loi visant à empêcher les enquêteurs de la police de publier leurs recommandations à l’issue de leurs travaux, n’inclurait pas ses propres affaires.

Et Mr Nétanyaou a peut-être aussi voulu, en faisant cette précision, répondre aux milliers voire dizaines de milliers de militants, souvent de gauche, qui se sont rassemblés samedi soir sur le boulevard Rothschild pour protester contre la lenteur de la procédure judiciaire le concernant et pour fustiger le vote en première lecture de la loi des recommandations, la semaine dernière.

Voilà pourquoi Binyamin Nétanyaou doit être de plus en plus vigilant. Lui qui est au sommet de la hiérarchie politique depuis plus de 20 ans, sait pertinemment que son prédécesseur Ehud Olmert n’a pas démissionné à cause des soupçons de corruption qui pesaient sur lui, mais plutôt parce qu’il a commencé à être montré du doigt dans son propre parti, Kadima, en particulier par Tsipi Livni. Pour l’instant, personne à la direction du Likoud n’ose montrer la porte au Premier ministre. Mais si la tendance constatée dans le sondage du Maariv devait être confirmée dans les prochaines semaines, alors ce serait la preuve que le Likoud, qui aspire à survivre à Nétanyaou, comprend que ce dernier, qui jusque-là était son principal atout, commence à devenir un embarrassant fardeau.

Daniel Haïk

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