29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

Purge et arrestations en série en Arabie Saoudite

Pas moins de 11 princes, 4 ministres en exercice et plus d’une trentaine d’anciens hauts-responsables ainsi que plusieurs dizaines d’hommes d’affaires richissimes, ont été arrêtés dans la nuit du 4 au 5 novembre, dans le royaume saoudien. Décidées au pas de course quelques heures plus tôt par un « Comité anti-corruption », présidé par le fils du roi Salman, le prince héritier Mohammed Bin Salman (MBS) – une structure créée spécialement à cette occasion par un décret royal –, l’arrestation et la mise en « résidence surveillée » (dans leur prison dorée de l’hôtel Ritz Carlton de Ryad) de tout cet aéropage de l’élite saoudienne, constituent un fait sans précédent dans l’histoire de la plus grande monarchie pétrolière du Golfe.

C’est que MBS, le nouvel homme fort du royaume et inspirateur direct de cette purge, a voulu faire les choses en grand, en voulant promouvoir une « nouvelle Arabie » : à la fois pour donner à l’intérieur de son pays encore plus de crédibilité à sa réputation de « modernisateur » de l’économie et de la société saoudiennes – notamment après le lancement, voilà quelques mois, de son super-plan de réorganisation économique, intitulé Horizon 2030 –, mais aussi pour que cette purge interne accompagne le recentrement de la politique étrangère de Ryad face à l’Iran, au Hezbollah et au Liban sur la scène régionale et internationale. Un virage qui s’est spectaculairement manifesté, au même moment, par la retenue du Premier ministre libanais, Saad Hariri, à Ryad pour qu’il annonce sa démission, et aussi par le ton très offensif et menaçant des dirigeants saoudiens à l’égard de l’Iran et de son bras armé au Liban, la milice chiite du Hezbollah.

Or MBS ne compte pas en rester là : ces derniers jours, les arrestations ont continué et, en moins d’une semaine, près de 250 personnes ont été interrogées et seulement une dizaine relâchées. Ce qui, selon le procureur général, le Cheikh Saud al-Mojed, aurait permis de rassembler « une grande quantité de preuves dans la campagne anti-corruption ».

Au-delà des dividendes que MBS compte bien tirer de ce spectaculaire coup de filet, il devrait aussi réfléchir à deux fois avant d’accélérer encore sa lutte anti-corruption – qui lui permet, au passage, d’écarter tous ses rivaux potentiels : de telles purges pourraient en effet affaiblir la stabilité et le renom du Royaume à l’étranger…

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