29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

L’histoire de la semaine – Poisson d’Alep !

Poisson d’Alep !

As-tu déjà entendu parler du Rabbi Chemouël Laniado ? Je dois t’avouer que, jusqu’à hier soir, moi non plus. Mais ce matin, alors que je farfouillais dans mes livres préférés à la recherche d’une belle histoire à partager avec toi, j’ai découvert qu’il était un grand tsadik ayant vécu en Syrie, il y a un peu plus de 400 ans.

J’ai découvert aussi que, parmi les nombreux Séfarim qu’il a laissés derrière lui, l’écrasante majorité porte un titre qui commence par « Kélé », ou ustensiles en français. Par exemple, le commentaire qu’il a écrit sur la Torah, porte le nom de « Kélé ‘Hemda – des ustensiles convoités ». De même, ses explications sur les Néviim sont intitulées « Kélé Yakar – des ustensiles précieux ». Quant à son ouvrage qui porte sur le Séfer Yéchaya, il s’appelle « Kélé Paz – des ustensiles en or ».

À ton avis, pourquoi Rabbi Chmouël Laniado a-t-il choisi de tels titres pour ses commentaires ? Dans ton immense sagesse, tu me répondras sans doute que la Torah est le plus beau, le plus cher et le plus précieux des ustensiles que nous possédions. Ce qui explique que notre sage ait tenu à employer le nom « Kélé » dans la plupart de ses commentaires sur la Torah.

Eh bien, sache que tu as raison. Mais pas à cent pour cent. Car ce que j’ai découvert dans la foulée (décidément, je suis vraiment en mode découverte, ce matin), c’est que ces mystérieux « Kélim » ne sont pas seulement symboliques. Ils désignent également des ustensiles uniques en leur genre, qui marquèrent la vie du Rabbi Chemouël Laniado. Ainsi que la mémoire de tous ceux qui eurent le privilège de le côtoyer.

Et maintenant, à ton tour de découvrir le récit fascinant de ces ustensiles pas comme les autres. Au fait, je préfère te prévenir à l’avance pour éviter toute déception. Comme c’est une histoire un peu longue, je l’ai partagée en deux volets, dont voici le premier.

Longue vie au suspense !

*           *           *

À l’époque où se déroule notre histoire, la communauté juive d’Alep souffrait d’une grande pauvreté. Mais ce n’était pas tant le manque d’argent et de moyens qui les dérangeait outre-mesure. Ce qui les préoccupait sincèrement, c’était la pauvreté spirituelle qui menaçait de s’abattre sur eux.

En effet, depuis la disparition de leur cher et regretté dirigeant, Rabbi Chemouël ben Yossef Hacohen, les Juifs aleppins n’avaient toujours pas trouvé la personne adéquate pour assurer le relais. Or, comme chacun le sait, une communauté privée de Rav est un peu comme un troupeau sans berger. Autrement dit, exposée aux pires dangers.

Au bout de longs mois de recherches infructueuses, les notables de la communauté décidèrent de solliciter l’aide du tsadik de la génération, Rabbi Yossef Karo, qui vivait à Tsfat. Ils lui envoyèrent une missive urgente, le priant de leur indiquer le nom d’un talmid ‘hakham digne de reprendre les rênes de leur congrégation.

La réponse de l’auteur du Beth Yossef ne tarda pas à arriver. Elle comportait le nom d’un érudit, réputé aussi bien pour ses vastes connaissances en Torah que sa personnalité exceptionnelle : tu l’as deviné, il s’agissait de nul autre que de Rabbi Chemouël Laniado !

Au comble de la joie, les membres de la communauté juive d’Alep entamèrent aussitôt les préparatifs, en vue de la cérémonie d’intronisation de leur nouveau dirigeant.

Ména’hem le tisserand renonça à ses précieuses économies pour confectionner une nouvelle parokhet pour la synagogue. Yossef ‘Haïm le menuisier ferma son échoppe l’après-midi afin de pouvoir restaurer la bima branlante. Saadia le boucher offrit gracieusement ses meilleurs morceaux à Chochana la cuisinière, qui s’était disputé l’honneur de préparer le banquet d’accueil. Quant à Chlomo le teinturier, il offrit une remise à tous les habitants de la ville, afin d’encourager ceux-ci à nettoyer leurs costumes de Chabbat en l’honneur du Rav. Ne voulant pas être en reste, les enfants de la ville prirent d’assaut les terrains vagues d’Alep, afin d’y cueillir de magnifiques fleurs pour décorer les murs de la synagogue.

Finalement, le grand jour arriva. Revêtus de leurs plus beaux atours, les citadins juifs se postèrent à l’entrée de la ville pour accueillir Rabbi Chemouël Laniado et sa famille en grandes pompes. Mais lorsque le carrosse les transportant s’approcha de la foule, les mains des Aleppins qui s’apprêtaient à applaudir vigoureusement, se portèrent instinctivement à leurs nez respectifs…

Et pour cause, une odeur nauséabonde se dégageait de la voiture du nouveau Rav. Une odeur qui leur rappelait étrangement celle du poisson pourri. Et ils n’avaient pas tort. Car lorsque Rabbi Chemouël Laniado descendit de son carrosse pour rejoindre la synagogue où se tenait la cérémonie d’intronisation, les notables eurent la surprise de distinguer parmi les bagages du Rav, de gigantesques tonneaux remplis à ras-bord de poissons avariés…

— Le Rav a dû entendre que nous sommes une communauté très pauvre, murmura Ména’hem en inspectant les tonneaux. Il a voulu nous offrir du poisson frais pour célébrer son arrivée, mais avec la chaleur qui règne chez nous, les poissons ont eu le temps de pourrir.

— Mais non ! lui rétorqua Yossef ‘Haïm à voix basse. Je suis certain que le Rav a fait exprès de mettre du poisson pourri dans sa carriole pour que cette odeur incommodante nous empêche de l’accueillir comme il se doit. C’est un homme qui fuit les honneurs comme la peste.

— À mon humble avis, ce doit être une ségoula pour être protégé du ayin hara, murmura pour sa part Chlomo. Tout le monde sait que les poissons protègent du mauvais œil. Et les poissons pourris, à plus forte raison !

Mais ni Ména’hem, ni Yossef ‘Haïm, ni Chlomo n’avaient vu juste.

C’est ce qu’ils finirent par découvrir quelques heures plus tard, une fois la cérémonie d’investiture terminée, lorsque le nouveau Rav de la ville les convoqua chez eux pour une réunion de la plus haute importance.

*           *           *

Pourquoi Rabbi Chemouël Laniado a-t-il fait son entrée dans la ville d’Alep chargé de tonneaux remplis de poissons pourris ? Et ces derniers auraient-ils un lien avec les mystérieux « ustensiles précieux » que le tsadik évoque dans le nom de ses ouvrages ? C’est ce que tu découvriras la semaine prochaine, dans la rubrique junior de ton magazine chéri adoré…

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*