8 Kislev 5781‎ | 24 novembre 2020

Essav – un maître en hypocrisie

Yaacov et Essav, bien que frères jumeaux, se distinguaient par leur activité tout comme par l’amour que leurs parents leur portaient : « Les enfants grandirent, Essav devint un connaisseur de la chasse, un homme des champs, et Yaacov fut un homme tranquille, habitant les tentes. Its’hak aimait Essav, car le “tsaïd” [gibier] était dans sa bouche [de Its’hak], et Rivka aimait Yaacov » (25, 28-29).

Le « défaut » d’Essav

Tous les parents aiment naturellement leur progéniture, c’est la raison pour laquelle la Torah ne donne aucune justification quant à l’amour que portait Rivka à Yaacov. Par contre, concernant l’amour d’Its’hak à l’égard d’Essav, la Torah précise une raison. Cela sous-entend que son comportement était peut-être problématique. De quelle attitude s’agissait-il ?

Bien que ses femmes fussent indignes de la maison des patriarches : « Yéhoudit… et Basmat… furent un sujet de chicane pour Its’hak et Rivka » (26, 34), c’est seulement à quarante ans qu’il se maria, et ce n’est donc pas cette attitude que la Torah cherche à relever. De même, son intention de tuer Yaacov ne lui vint qu’après que ce dernier lui a dérobé les bénédictions, après l’âge de soixante ans. Son seul forfait était de vivre oisif : « Un habile chasseur, un homme des champs », ce qui veut dire : « Un homme inactif, qui chasse des bêtes et des oiseaux » (Rachi). Or, cela est une faute : « Celui qui n’étudie pas la Torah et qui ne s’adonne pas à un gagne-pain ne fait pas partie des hommes civilisés » (Kidouchin 40/b). Mais, grâce à l’attention qu’il portait à son père, ce dernier l’aima au point de désirer le bénir, lui et pas Yaacov. Bien qu’Essav fût un ignare et Yaacov un érudit, assis dans les tentes de Chem et Ever, Its’hak souhaitait que le cadet, Yaacov se prosterne devant son ainé : « Que des peuples te soient soumis et que des nations se prosternent devant toi ! Sois le maître de tes frères et que les fils de ta mère se prosternent devant toi ! » (27, 29). Manifestement, Its’hak prévoyait une civilisation où Essav serait le roi, devant qui le sage se prosternerait : « Même le prophète se prosterne à terre devant le roi, comme Nathan devant David (Rois I 1, 23) » (Rambam Rois 2, 5).

Des réponses à tout

Cependant, cela ne concerne qu’un roi qui protège les victimes de la violence des agresseurs, comme disent les Sages : « Prions pour le maintien pacifique du régime, car sans la crainte de l’ordre public, l’homme avalerait son prochain » (Avot 3, 2). Nous devons supposer qu’aux yeux d’Its’hak, Essav protégerait Yaacov, voire le subventionnerait. Et en effet, Essav lui susurrait cette idée : quand le verset souligne : « le “tsaïd” était dans sa bouche », ce mot signifie « piège » (selon une seconde explication), qui se trouvait dans la bouche d’Essav (Rachi). Il se montrait concerné par la religion et demandait : « Comment prélève-t-on la dîme du sel et de la paille » ? Son père estimait qu’Essav désirait donner sa dîme à Yaacov, comme on la donne habituellement au Cohen et au Lévi. Quant à la paille, elle protège la céréale des intempéries et des insectes. Ainsi Essav, se comparant à la paille, protégerait Yaacov, comparé à la céréale, qui nourrirait le monde de spiritualité par son enseignement.

Its’hak supposait encore qu’Essav aimait la chasse justement pour maîtriser les armes, afin de défendre la justice et tout spécialement son frère Yaacov. Cette idée n’est pas étrangère au plan divin. Inquiète de l’agitation de son fœtus, Rivka consulta D.ieu et reçut en retour ce message : « Deux goyim [nations] se trouvent en ton sein » (25, 22-23). Le mot goyim n’est pas écrit avec vav et youd, mais avec deux youd, afin qu’on lise géyim – « aristocrates », en allusion à Rabbi Yéhouda Hanassi et à l’empereur romain Marc-Aurèle (Bérakhot 57/b ; Rachi, 25, 23). De fait, après les tyrannies de Titus et d’Hadrien, Marc-Aurèle protégea et subventionna Rabbi Yéhouda Hanassi et les siens.

Toutefois, le plan d’Its’hak pose problème. Si Essav revenait du champ « fatigué », c’est parce qu’il venait de commettre un homicide (Beréchit Rabba 63, 12 ; Rachi). Comment son père imaginait-il alors, qu’Essav protégerait son frère ? Cependant, la victime n’était autre que Nimrod (Beréchit Rabba 65, 16 ; Rachi, 27, 15), le tyran qui incita l’humanité à se révolter contre D.ieu (Béréchit 10, 9) ; son élimination fut donc plutôt une satisfaction pour Its’hak.

Néanmoins, comment le père pouvait projeter de bénir le fils qui épousa des femmes idolâtres ? Là-encore, Essav fit preuve de ruse en appelant sa femme Yéhoudit, pour faire croire à son père qu’elle avait renié l’idolâtrie (Rachi 36, 2). Bien que ses femmes aient continué de pratiquer l’idolâtrie, Its’hak jugea son fils comme un Tsadik. En effet, Chlomo aussi épousa des princesses étrangères, converties, et il ne les congédia pas, bien qu’elles aient poursuivi leurs pratiques idolâtres : il craignait un incident diplomatique avec les autres peuples. Chlomo n’était donc pas aussi pieux que son père David : « Le cœur de Chlomo n’était pas parfait comme l’était celui de David son père » (Rois I 11, 4), mais il compte néanmoins parmi les rois pieux (Chabbat 56/b). Dès lors, Its’hak comparait peut-être Essav à Salomon.

Tel est pris…

Pourtant, lorsque Yaacov, déguisé devant son père, lui parla avec révérence et mentionna le nom de D.ieu, son père s’étonna. Essav employait habituellement un langage rustique, et le mot D.ieu ne faisait pas partie de son vocabulaire ! (Beréchit Rabba 65, 19 ; Tan’houma 11 ; Rachi.) Essav mentit une nouvelle fois, argumentant que son langage béotien était dû au fait que, pour éliminer les voyous, il devait les fréquenter et adopter leur langage. Là encore, l’absence du nom de D.ieu dans sa bouche était justifiée…

Quant à Rivka, elle avait entendu de D.ieu que « l’aîné servirait le cadet » (25, 23). Son mari ne devait pas le savoir, afin de laisser à Essav l’espoir d’obtenir la bénédiction, sans quoi il aurait anéanti Yaacov. Tout compte fait, l’hypocrisie d’Essav se retourna contre lui-même, comme le dit Chlomo : « Celui qui creuse une fosse y tombera » (Kohélet 10, 8), et le prophète dira à son sujet : « Oh, comment donc Essav sera examiné ! Comment donc ses cachotteries seront déballées au grand jour ! » (Ovadia 1, 6). D’ailleurs, le prophète Zékharya (13, 4) promet que le jour viendra où tous les faux prophètes qui, imitant les authentiques, s’habillaient avec des « manteaux de poils », seront démasqués. Essav, lui, n’eut même pas besoin de porter de manteau de poils sur sa peau : ce dernier lui était déjà collé à la chair dès sa naissance…

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