3 Kislev 5778‎ | 21 novembre 2017

Le centenaire de la prise du pouvoir par les bolchéviks

Quel rôle ont joué les Juifs dans la Révolution russe de 1917 ?

 

Jusqu’à nos jours, l’opinion la plus souvent admise attribue un rôle proéminent aux Juifs à la fois dans le renversement, entre février et novembre 1917, du régime tyrannique des tsars, et ensuite à beaucoup d’échelons du parti bolchévik. Mais qu’en est-il vraiment ?

 

S’il est exact que, lors des années précédant la Révolution de 1917, les Juifs furent bien représentés dans tous les partis de gauche anti-tsaristes en Russie, ce n’était évidemment pas en raison d’un « appétit de pouvoir » – comme l’ont prétendu toutes les théories conspirationnistes des antisémites russes (telle celle, devenue célèbre, du « Protocole des Sages de Sion », inventée par la police du tsar), puis de leurs confrères occidentaux…

Animés par un ardent désir de justice, et surtout offusqués par les terribles souffrances du peuple russe (famines, analphabétisme, épidémies mortelles, etc.), subissant depuis des siècles le joug cruel du pouvoir tsariste et de son puissant appareil de répression, bien des Juifs éduqués des milieux urbains (appartenant à ce qu’on appelle la « petite bourgeoisie ») nourrissaient, comme beaucoup de leurs homonymes non-juifs, une haine féroce et, somme toute, amplement justifiée, contre le régime médiéval des tsars et son système de servage de dizaines de millions de paysans russes.

De plus, comparée aux autres grandes puissances européennes de l’époque, la Russie impériale était la plus conservatrice et la plus anti-juive, à la fois dans le fonctionnement de ses institutions, et au plan de la vie quotidienne. Ainsi, les Juifs n’étaient-ils en principe pas autorisés à résider en-dehors d’une vaste zone à l’ouest de l’Empire, connue sous le nom de « Zone de résidence », et devaient-ils servir de très longues années dans les rangs de l’armée du tsar (selon le système dit des « Cantonistes »).

Il n’est donc pas étonnant que, même s’ils n’atteignaient guère les 4% de la population totale de la Russie d’alors, ils jouèrent un rôle dans les débuts mouvementés du régime bolchévik, qui apparut aussitôt comme « disproportionné » aux yeux de certains, invoquant, à l’appui de leur thèse teintée d’un évident antisémitisme, le fait que les Juifs étaient nombreux dans les hautes instances du gouvernement soviétique des premières années.

 

Quelques acteurs juifs de la Révolution d’Octobre les plus connus

 

Parmi les dirigeants d’origine juive du parti bolchévik qui prit le contrôle de la Russie entre 1917 et 1920 (voir notre encadré), citons, entre autres : Léon Trotski (Lev Davidovich Bronstein), chef de l’Armée Rouge et aussi responsable, un temps, de la diplomatie des Soviets ; Yakov Sverdlov (Yankel Solomon), secrétaire de l’Exécutif du parti Bolchévik et chef du gouvernement des Soviets ; Grigory Zinoviev (Hirsch Apfelbaum), chef de l’Internationale Communiste (Komintern ou agence centrale censée exporter la Révolution dans les pays étrangers) ; Karl Radek (Sobelsohn), commissaire [c.-à-d. ministre] de la Presse ; Maxim Litvinov (Wallach), commissaire aux Affaires Etrangères, et encore Lev Kamenev (Rosenfeld) et Moisei Uritsky. Il est vrai qu’aussi, lors de la fameuse réunion des 12 principaux dirigeants du Comité central du parti bolchévik, convoquée par Lénine deux semaines avant sa prise de pouvoir à Saint-Pétersbourg les 6 et 7 novembre suivants, on comptait 4 Russes d’origine (dont Lénine), un Géorgien (Staline), un Polonais (Dzerdjinski) et six Juifs. « Immédiatement après la Révolution, écrit ainsi l’historien israélien, Louis Rapoport, beaucoup de Juifs étaient euphoriques d’être si bien représentés dans le nouveau gouvernement. On trouvait de nombreux bolchéviks d’origine juive dans le 1er Politburo de Lénine (…) et sous son règne, les Juifs furent impliqués dans tous les aspects de la Révolution communiste ».

Un antisémitisme « rouge » – mais aussi « blanc » – des plus virulents…

Or, malgré les promesses initiales des dirigeants communistes d’éradiquer définitivement l’antisémitisme une fois qu’ils seraient au pouvoir, c’est tout le contraire qui se produisit : un anti-judaïsme des plus virulents et sommaires, se répandit dès les premiers mois de la Révolution et bien davantage ensuite, notamment au sein de l’Armée Rouge, pourtant dirigée à son sommet par Trotski…

A tel point que de nombreux pogroms très sanglants, commis par certains bataillons de l’Armée Rouge, eurent lieu en pleine période « révolutionnaire » (voir notre interview de Gérard Rabinovitch), sans parler des autres pogroms et exactions horrifiantes – les victimes se comptant par milliers – perpétrées par les unités et les généraux des Russes blancs qui s’opposaient sur le terrain à la progression des bolchéviks… dont ils rendaient évidemment les Juifs « responsables » !

Il faut dire qu’une partie de l’opinion publique russe accusait directement – comme au temps des tsars ! – la communauté juive de la situation effroyable sévissant en Russie (famine, pénurie, guerre civile…) et de l’ensemble des abus et exactions commis par le régime soviétique. Si bien qu’au début des années 1920, l’antisémitisme était particulièrement répandu et virulent en Russie dans la plupart des classes sociales ![ !

Cela n’empêcha pas d’assez nombreux Juifs tellement convaincus de leur « juste cause » – voire même parfois exaltés par le rêve pseudo-égalitaire de la phraséologie marxiste et sa « langue de bois » bolchévik en pleine ébullition – de siéger ensuite dans l’administration soviétique, et aussi dans les rangs de la sinistre Tchéka, où ils réprimèrent et torturèrent (parfois même jusqu’à la mort) d’autres Juifs, notamment ‘hassidiques, opposés au totalitarisme communiste… Idéologie quand tu nous tiens !

 

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Les premières phases de la « Révolution russe »

 

* Du 6 au 7 novembre 1917 : quelques milliers de soldats mutins de l’armée du tsar et de Gardes rouges bolchéviks s’emparent des points stratégiques à Saint-Pétersbourg en une sorte de « révolution soldatesque » sans aucune participation des masses populaires. Ce qui annihile les acquis de la « Révolution bourgeoise » de février 1917, qui avait foudroyé la dynastie triséculaire des tsars Romanov.

 

* Dans les semaines suivantes, le parti bolchévik mené par Lénine s’empare très vite de tous les leviers du pouvoir, au détriment des courants menchéviks (communistes modérés) et des socialistes-révolutionnaires (SR). Une Assemblée constituante (AC) est ensuite élue, rassemblant toutes ces tendances, mais où les bolchéviks sont minoritaires.

 

* Décembre 1917 : Création par le parti bolchévik de la Tchéka, la police politique communiste qui ne remet pas – comme le faisait pourtant l’Okhrana tsariste – les personnes arrêtées à la Justice, mais qui les torture et les exécute sans contrôle.

 

* Janvier 1918 : l’AC est dissoute et remplacée par un Soviet suprême, placé sous la seule férule du parti bolchévik.

 

* Printemps 1918 : les bolchéviks s’emparent aussi de tous les leviers économiques et détruisent la propriété privée. Leur parti unique phagocyte les organes de l’Etat, s’empare des banques, des usines et des terres. Il ouvre des camps de concentration, préfigurant les futurs goulags. Tous les pouvoirs appartiennent en toute impunité à ce parti.

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