29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

Rentrée parlementaire houleuse

Prime Minister Benjamin Netanyahu speaks during the special plenary session opening the winter session of the Knesset, on October 23, 2017. Photo by Hadas Parush/Flash90 *** Local Caption *** øàù äîîùìä áðéîéï ðúðéäå îåùá ôúéçä îìéàä ëðñú îåùá çåøó äðùéà øàåáï øéáìéï

Lorsque Réouven Rivlin oublie sa mission de rassembleur national

Lors de la séance inaugurale de la session d’hiver de la 20ème Knesset, Réouven Rivlin a prononcé une allocution très controversée qui confirme le fossé qui le sépare de Binyamine Nétanyaou. Quant à la loi dite « française », elle provoque déjà de très vifs remous, y compris dans la coalition gouvernementale…

Dès dimanche, les observateurs israéliens s’accordaient pour reconnaître que la session parlementaire d’hiver allait être l’une des plus mouvementée de cette 20ème Knesset. Mais ils étaient loin de se douter que les plus fortes turbulences se feraient ressentir dès le « décollage », c’est-à-dire dès les premières minutes de la séance inaugurale de cette session, lundi. D’ordinaire, ce type de séance est plutôt solennel, et lorsque le Président de l’Etat, qui en est l’invité d’honneur, y prend la parole, c’est généralement pour vanter les mérites de la démocratie israélienne ou appeler les parlementaires à promouvoir leurs projets de loi dans le respect mutuel. Mais cette fois, Réouven Rivlin a surpris en se livrant, devant les 120 députés présents, à une attaque sans précédent par sa violence (verbale) contre le gouvernement israélien et, sans le nommer, contre Binyamin Nétanyaou: « Nous assistons à des relents de révolte… Cette fois, le pouvoir de la majorité est le seul et unique pouvoir. Avant, on disait que tout est jugeable. Désormais, on peut avancer que tout est devenu politique. Et dans cette révolution, le gouvernant se considère aussi comme la victime et diffuse un seul message : « Nous allons leur montrer… ». Fini le respect des règles de « Mamla’htiout », de consensus national. Après nous le Déluge », a affirmé Réuven Rivlin dans ce discours incendiaire, dans lequel il a accusé le pouvoir actuel de vouloir affaiblir les « chiens de garde de la Démocratie » israélienne, à savoir : la Cour Suprême, la presse et les médias, le contrôleur de l’Etat et même Tsahal. Sans même serrer la main du président, Binyamin Nétanyaou est ensuite monté à la tribune, pour prononcer un discours que les médias israéliens ont immédiatement intitulé le « discours des ‘Hamoutzim, des cornichons », sous entendu : le discours des gens aigris. Dans cette intervention, Mr Nétanyaou s’en est pris à ceux qui ne cessent de mettre en exergue les problèmes d’Israël au lieu de souligner ses succès et d’amplifier ses réussites : « Lors les gens amers parlent entre eux, ils se disent : Comme la situation en Israël est terrible…! N’est ce pas que tout s’effondre ? ». Alors que dans la réalité, c’est exactement le contraire : Israël est en pleine croissance économique, en pleine progression, et face aux gens aigris, l’Etat d’Israël sourit », a lancé Nétanyaou sous une pluie d’invectives venant des bancs de l’opposition. Mais c’est de loin le discours du Président Rivlin qu’il convient d’analyser, tant il est apparu décalé :

Le discours très problématique de Réuven Rivlin

Ce n’est pas la première fois que le président Rivlin prononce des allocutions qui embarrassent la droite nationaliste israélienne dont il est issu. Mais de l’avis général, lundi après-midi, il s’est surpassé en pointant un doigt accusateur formel en direction de Binyamin Nétanyaou. Pourquoi une telle attaque ? Probablement, parce qu’il y a 3 ans et demi, en juin 2014, Binyamin Nétanyaou avait tout fait pour torpiller la candidature de Rivlin au poste de président de l’Etat, en remplacement de Shimon Peres, allant même jusqu’à envisager d’annuler la fonction présidentielle pour lui barrer la route. Personne n’avait compris l’acharnement obsessif du Premier ministre à barrer la route de la présidence au candidat naturel qu’était Rivlin. Mais trois ans plus tard, le président de l’Etat a prouvé que pour lui, la vengeance était un plat qui se mangeait très froid, et il a saisi l’opportunité d’un Nétanyaou affaibli par les enquêtes judiciaires le concernant, pour s’en prendre à lui. Difficile de lui en faire le grief, tant le comportement de Mr Nétanyaou à l’époque avait été embarrassant, pour ne pas dire totalement déplacé. Mais attention : c’est une chose de reconnaître les erreurs d’appréciation de Binyamin Nétanyaou, et c’en est une autre que de cautionner les propos du président Rivlin. Car en s’en prenant au gouvernement et à son chef, le président a plongé au cœur d’une véritable querelle politique et, ce faisant, a totalement outrepassé ses prérogatives. Au lieu de suggérer, de conseiller, Rivlin a sermonné et fustigé. Or, la démocratie israélienne est faite de telle sorte que le pouvoir exécutif n’a pas de leçon à recevoir de la part d’un président « honorifique ». Qui plus est, les critiques que certains ministres Likoud pouvaient tolérer du bout des lèvres de la part d’un leader tel que Shimon Peres, ils ne sont pas prêts à l’accepter de la part de celui qui fut l’un des leurs, et certainement pas le plus brillant ou le plus charismatique. En accusant le Premier ministre de bafouer la « Mamla’htiout », le consensus national, c’est Réouven Rivlin lui-même qui l’offense. Et la meilleure preuve, c’est qu’au lendemain de son intervention, on ait jugé son discours, à gauche d’historique et de courageux, tandis qu’à droite on l’ait jugé scandaleux. Bref, depuis lundi, Rivlin n’est plus que le président d’une minorité de gauche, et il a perdu le peu de crédit qu’il conservait encore au sein du Likoud. Et ce n’est pas tout : en fustigeant ceux qui s’en prennent au « chien de garde de la démocratie » qu’est, selon lui, la Cour Suprême israélienne, le président Rivlin a soudain « oublié » que lui aussi il avait émis, lorsqu’il était président de la Knesset, des critiques toutes aussi cinglantes envers la Haute Cour de Justice. Ce qui confirme qu’il y avait, dans son intervention, une volonté évidente d’assouvir sa colère personnelle envers Nétanyaou. Et cela est inacceptable. Ce qui confirme, comme l’ont souligné nos Sages, que l’art de la réprimande n’est pas donné à tout le monde…

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