12 Tammuz 5781‎ | 22 juin 2021

Dans l’Indre, un « Institut » à la gloire d’un militant antisémite

Le 14 octobre, un « Institut Emmanuel Ratier », du nom d’un journaliste et écrivain d’extrême-droite emporté par une attaque cardiaque en 2015 à l’âge de cinquante-sept ans, a été inauguré dans la commune de Niherne, dans l’Indre. L’affaire est ahurissante, dans la mesure où Emmanuel Ratier n’était pas un simple nationaliste mais un nostalgique de Vichy, qui a fait constamment profession d’antisémitisme et de négationnisme. C’était donc, au regard de la loi française, un délinquant. Pourtant, cet espace mémoriel de neuf cents mètres carrés a désormais pignon sur rue, avec dix-sept salles (l’une d’elles porte le nom d’un ex-milicien devenu éditorialiste au quotidien fascisant Présent, François Brigneau) et des colonnes d’archivage, en vue de « conserver le patrimoine identitaire européen ». Le bâtiment a été cédé aux héritiers d’Emmanuel Ratier par la Fraternité Saint-Pie-X, principal mouvement catholique intégriste de l’Hexagone – et obsessionnellement antijuif.

La maire de la ville, Marie-Solange Hermen (divers droite), a assuré devant la presse locale que « l’Institut » était « indépendant. Il n’embête personne. Nous sommes encore dans un pays libre », s’est-elle justifiée.

Possédé par la manie des fichiers, Ratier a consacré une grande partie de son existence à répertorier les Juifs. Il a publié un brûlot bien connu à l’extrême-droite : « Dictionnaire des changements de noms », où il dressait des listes de Juifs ayant modifié leurs patronymes sous ou après l’Occupation, afin de mieux les « débusquer ». Il a dirigé l’hebdomadaire Minute mais aussi un fanzine antisémite ordurier, « Faits et documents », et a fondé une librairie négationniste dans le 9ème arrondissement de Paris.

Son conspirationnisme était largement inspiré par son mentor, l’ancien collaborateur Henry Coston (1910-2001).

Le dernier pamphlet de Ratier, paru en 2014, s’intitulait « Le vrai visage de Manuel Valls ». Les propagandistes de la haine, Alain Soral et Dieudonné, en ont assuré la promotion. A sa mort, Jean-Marie Le Pen a évoqué « une perte immense pour la cause nationale ».