3 Kislev 5778‎ | 21 novembre 2017

Les possibles conséquences de la « décertification » par Trump de l’accord sur le nucléaire iranien

US Republican presidential candidate Donald Trump speaks at a rally organized by the Tea Party Patriots against the Iran nuclear deal in front of the Capitol in Washington, DC, on September 9, 2015. AFP PHOTO/NICHOLAS KAMM (Photo credit should read NICHOLAS KAMM/AFP/Getty Images)

Après avoir qualifié plusieurs fois l’accord de Vienne de « pire pacte international jamais signé par les USA », Trump vient d’entreprendre une démarche pouvant mener au retrait des Etats-Unis de ce traité. Quelles en seraient les conséquences prévisibles ?

 

 

Qualifiant dans son discours du 13 octobre, l’Iran d’« Etat despotique, meurtrier et sponsor du terrorisme, qui s’est dégagé de ses responsabilités imposées par le traité de Vienne(JCPOA) en juillet 2015 », Donald Trump a annoncé qu’il ne pouvait certifier, en égard aux lois américaines, que « les menées de Téhéran face au JCPOA étaient ‘proportionnelles’ aux trains de sanctions toujours en vigueur contre ce pays » et qu’il demanderait donc au Trésor de prendre de nouvelles sanctions contre les Corps des Gardiens de la Révolution islamique – cette décertification du JCPOA obligeant le Congrès à rediscuter de l’intérêt de ce pacte pour les USA…

La nouvelle stratégie de Trump comprend des mesures contre les opérations de déstabilisation de l’Iran au Moyen-Orient et au-delà, ainsi que de nouvelles sanctions pour bloquer les revenus financiers finançant ses programmes nucléaires et de missiles balistiques. De plus, les USA empêcheront l’Iran de tester ses missiles balistiques et de menacer la navigation dans les eaux internationales, en mer Rouge et dans le Golfe d’Aqaba.

Accusant Téhéran d’avoir produit en deux ans 130 tonnes d’eau lourde et de se servir toujours de ses centrifugeuses avancées, Trump exige aussi des inspections internationales « renforcées » sur le respect par l’Iran du JCPOA; et a ordonné une remise à jour complète des renseignements sur la coopération iranienne avec la Corée du Nord

 

Si le Congrès américain n’amende pas certaines clauses « dangereuses » du Traité de Vienne et ne rétablit pas toutes les sanctions contre l’Iran levées depuis 2015, le président Trump pourrait ensuite prendre par décret la décision de se retirer complètement de l’accord signé à Vienne en juillet 2015, ce qui fera entrer les USA et toute la communauté internationale dans une profonde période d’incertitude diplomatique, stratégique et militaire lors de laquelle les réactions de l’Iran seront passées au crible…

D’autant qu’après que Moscou, Pékin, Paris, Londres et Berlin aient mis en garde contre « un retour en arrière aux conséquences imprévisibles », le président iranien, Hassan Rohani, a d’ores et déjà lancé l’avertissement suivant : « Si les Etats-Unis prennent une position hostile à l’égard de cet accord international, ils ne s’opposeront pas seulement à l’Iran mais au monde entier ! ». Et ce, alors que le chef du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (CGRI), le général Ali Jafari, mettait quant à lui en garde Washington contre le fait que « si les CGRI étaient sanctionnés, ils traiteraient les forces armées américaines comme un ennemi au même niveau que l’Etat Islamique » – ce qui ne ferait guère baisser les tensions déjà hautes dans tout le Moyen-Orient et dans le Golfe persique.

 

Vers plus d’instabilité régionale et de risques de guerre ?

 

Selon certains géo-politologues, cette nouvelle stratégie de Trump pourrait contribuer à relancer la course aux armements et la prolifération nucléaire régionales, face notamment à l’Arabie saoudite fermement opposée aux volontés hégémoniques de l’Iran; et à Israël qui considère l’hostilité déclarée à son encontre de la République islamique comme une menace essentielle contre sa propre existence. « Incontestablement, cela nuira au climat de prévisibilité, de sécurité, de stabilité et de non-prolifération dans le monde entier », devait déjà souligner le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, en réagissant le 13 octobre au discours de Trump.

De plus, selon certains spécialistes en Affaires iraniennes, cette réorientation américaine pourrait même rassurer et renforcer le camp des « durs » à Téhéran face aux « modérés ».

Pour d’autres experts, l’abrogation du JCPOA pourrait pousser très vite l’Iran dans les bras de la Chine et de la Russie au plan énergétique (notamment pour ses exportations préférentielles de gaz et pétrole), ce qui déstabiliserait l’approche euro-asiatique actuelle commune et graduelle vis-à-vis de Téhéran… Ce que les leaders iraniens ont vite et bien compris puisqu’ils s’escriment, ces derniers jours, à demander avec insistance aux Européens de « modérer » les ardeurs punitives de Trump !

Enfin pour Israël qui – tout comme lors de la sortie actuelle de l’Unesco – se retrouvera seul aux côtés des Etats-Unis, l’éclatement de l’Accord de Vienne (sans cesse dénoncé depuis deux ans par Jérusalem comme « très dangereux ») aura le mérite d’avoir percé l’abcès infecté de cette honteuse capitulation des grandes puissances face au régime totalitaire des mollahs… mais en augmentant parallèlement les risques militaires de confrontation globale et régionale avec ce pays.

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