6 Kislev 5778‎ | 24 novembre 2017

Quelques réflexions sur les « mille » affaires de Nétanyaou

Israeli prime minister Benjamin Netanyahu leads the weekly cabinet meeting at Prime Ministers office in Jerusalem on September 3, 2017. Photo by Marc Israel Sellem/POOL *** Local Caption *** éùéáú îîùìä øàù äîîùìä áðéîéï ðúðéäå áéáé ÷áéðè

Dans un élan simplificateur, les journalistes israéliens répètent chaque jour, avec plus d’acuité, que l’étau se resserre autour du Premier Ministre. De facto les choses sont (légèrement) plus compliquées. Tentons de clarifier, voire même de classifier les développements intervenus dans les affaires judiciaires concernant le Premier ministre et son épouse Sarah.

  • Affaire des sous marins (dossier 3000)

C’est actuellement le dossier prioritaire pour les enquêteurs de la police israélienne. Le témoin à charges de l’accusation, l’homme d’affaires Miki Ganor est « passé à table » et ses récentes révélations font « tomber » depuis quelques jours de très hautes personnalités qui auraient trempé dans ce marché tronqué de ventes de sous-marins allemands à Israël. Les derniers en date sont l’ancien ministre et actuel président du Keren Hayessod Moudi Zenberg, l’ancien directeur de cabinet de Binyamin Nétanyaou David Sharan et le plus proche conseiller politique du ministre de l’Energie, le Dr Youval Steinitz, Rami Taieb.  Tous trois auraient bénéficié des pots-de-vin substantiels (autour de 100 000 dollars pour chacun) versés par Ganor lui-même pour faire en sorte que le juteux marché des sous-marins allemands tombe bel et bien dans l’escarcelle du consortium allemand TyssenKrup. La garde à vue de ces suspects a été prolongée. Mais ce n’est pas le plus important : ce qui l’est, c’est d’abord la confirmation que la corruption touche les plus hautes sphères de l’Etat de droit qu’est Israël. On peut déjà en déduire, avant même que des actes d’accusations n’aient été déposés, que la sécurité des citoyens israéliens peut être entravée par des personnalités corrompues qui n’ont, au travers de ces marchés, pas d’autres intérêt que celui de s’enrichir. La seconde conclusion se rapporte à certains médias israéliens : après avoir appris que Ganor était devenu témoin à charges, ils s’étaient empressés d’affirmer que si la police l’avait ainsi persuadé, c’est parce qu’elle espérait capturer dans son filet un très « gros poisson », qui pourrait être  Binyamin Nétanyaou. Or ces derniers développements, n’en déplaise à ces journalistes, prouvent qu’il peut y avoir beaucoup de monde sur l’échelle qui sépare Ganor de Nétanyaou. Cependant, même si le Premier  ministre n’est toujours pas soupçonné par le conseiller juridique du gouvernement, il faut avouer que cette affaire risque bien d’éclabousser le Premier ministre. Même si Nétanyaou n’est pas lié à des actes corruptifs, sa proximité avec des figures mises en cause est plus qu’embarrassante. Car de deux choses l’une : soit Bibi était au courant et alors l’enquête remontera jusqu’à lui ;  soit il n’était pas au courant et cela signifierait alors qu’il ne sait pas vraiment ce qui se passe de grave sous son nez. Dans les deux cas, ce n’est pas bon pour lui…Une chose est sure : la déclaration d’il y a un an de l’ex-ministre de la Défense Moché Yaalon, qui était opposé au marché avec l’Allemagne, selon laquelle cette affaire des sous-marins se terminera par des inculpations, semble aujourd’hui plus que jamais être en passe de se concrétiser.

L’affaire  Nétanyaou -Moses-Yediot (dossier 2000) :

Après les révélations sur le nombre de conversations téléphoniques recensés entre BN et l’ancien rédacteur en chef du Israël Hayom, Amos Reguev (15 en 19 jours à l’approche des élections de 2013), la presse anti-Nétanyaou s’est empressée de conclure qu’il y avait bien « collusion » entre le Premier ministre et le rédacteur du quotidien gratuit. Sans connaître la teneur de ces conversations, elle en a déduit que Mr Nétanyaou dictait chaque soir à Amos Reguev la manchette du journal du lendemain. Quand bien même cela serait vrai, ce ne serait pas la première fois dans l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre dicte les manchettes à des journalistes. Ben Gourion lui-même agissait de même avec  Kol Israël, aux premières années de l’Etat et personne ne s’offusquait des pratiques du premier chef du gouvernement. Mais pourquoi ne pas plutôt supposer qu’au cours de leur conversation, Mr Nétanyaou fournissait à Reguev des « scoops » qu’il n’était pas intéressé à partager avec des quotidiens qui lui sont systématiquement hostiles tels le Haaretz ou le Yediot. En quoi cela serait une pratique interdite ? De tout temps les premiers ministres ont eu leurs journalistes préférés et ceux qu’ils éloignaient de leur proximité. Comme l’a demandé David Bitan, le relevé des conversations téléphoniques d’Ehoud Olmert, ou Ariel Sharon, pourrait également révéler que ces deux prédécesseurs de Nétanyaou, devenus les chouchous de la presse gauchisante, avaient une ligne directe avec les rédacteurs du Haaretz, du Yediot et même du Maariv.

L’affaire  des cadeaux des milliardaires (dossier 1000).

Celle qui paraissait dans un premier temps être la plus accablante pour le Premier ministre, semble avoir presque totalement disparu des « radars » de la presse et des médias israéliens. De deux choses l’une : soit les enquêteurs disposent de suffisamment de preuves pour incriminer le Premier ministre (et son épouse) et ils ont mis ce dossier en attente afin de vérifier s’il y a d’autres chefs d’accusation dans les autres dossiers, soit ils n’ont pas réussi à prouver, par exemple, que le milliardaire Arnon Miltzan a reçu en échange du champagne et des cigares qu’il a fournis au Premier ministre, une contrepartie de valeur. En l’absence de preuve de ce type, impossible pour le Parquet de prouver le levier corruptif existant.

 

  • Affaire de la Résidence (Sarah Nétanyaou)

C’est peut-être celle qui va aboutir le plus rapidement. Dans quelques jours, le conseiller Mendelblit pourrait décider d’inculper l’épouse du Premier ministre pour avoir utilisé les deniers de l’Etat à des fins personnels. Certains prétendent que Mendelblit pourrait agir en ce sens afin de détourner l’attention des soupçons qui pèsent sur le Premier ministre et la focaliser sur son épouse. Cela paraît plutôt conspirationniste comme explication mais dans cette étrange affaire toutes les options sont à envisager. Toujours est-il que dans cette affaire, le Premier ministre et son épouse ont marqué un bon point en début de semaine après que le Parquet ait reconnu que Meni Naftali, l’ex-intendant de la résidence du Premier ministre bénéficiait désormais d’un statut de témoin à charge contre Nétanyaou : en effet mercredi dernier (30 août) à l’occasion du toast traditionnel porté pour Roch Hachana, Mr Nétanyaou avait fustigé Naftali, raillant son nouveau statut de chevalier israélien de la lutte contre la corruption, un titre que lui a généreusement attribué cette même presse israélienne si intolérante envers le Premier ministre lui-même. Or si Naftali est témoin à charges, cela signifie qu’il a quelque chose à se reprocher et cela va donc dans le sens du Premier ministre qui insiste sur sa personnalité douteuse.

Après avoir clarifié ces points, on comprend mieux pourquoi même si Mr Nétanyaou doit être inculpé, l’acte d’accusation n’est pas pour demain. Le Premier ministre a encore apparemment quelques petits mois ou quelques longues semaines devant lui pour voir venir.

 

 

 

 

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