29 Tishri 5778‎ | 19 octobre 2017

Israël sortira-t-il de son « ambiguïté nucléaire » ?

Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu (L) and Israeli Minister of Defense (C) seen aboard the INS Tanin submarine, the newest addition to the Israeli Navy, as the submarine, Israel's 4th, docked at the Haifa Port. September 23, 2014. Photo by Kobi Gideon/ GPO/ FLASH90 *** Local Caption *** ??? ?????? ?????? ?????? ??? ???? ?????? ??"? ???? ? ??? ???? ?? ?????? ??? ????? ?????

Vue l’énorme confusion géopolitique qui règne au Moyen-Orient depuis 2011 et compte tenu des hauts risques de prolifération atomique dans cette la région, la doctrine d’« ambiguïté nucléaire » qui fut celle d’Israël depuis les années 1960, doit-elle être révisée ?

Depuis que l’Etat hébreu, alors largement aidé par la France, avait fait le choix dès le début des années 1960 de s’équiper d’armes nucléaires, ses dirigeants avaient d’emblée décidé d’opter pour la doctrine de « l’ambiguïté nucléaire » qu’on peut définir ainsi : officieusement, Israël possède « sans doute » un certain nombre de têtes nucléaires, mais il n’a pas officiellement de « stratégie de dissuasion » explicite et publique, censée faire bien savoir à ses ennemis potentiels qui voudraient le détruire à quels types d’actions préventives ou de représailles ils pourraient s’exposer…
Très réfléchi au départ, ce choix assez pudique en « clair-obscur » était fondé sur trois raisons principales :
-Israël ne voulait pas être forcé par les grandes puissances et la communauté internationale d’adhérer au Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) ;
-Israël ne souhaitait pas être désigné comme le responsable d’une éventuelle « course aux armements nucléaires » à l’échelle de la région (qui pouvait se précipiter au cas où il aurait affiché l’ampleur de son arsenal atomique ;
-traumatisé par la douloureuse histoire du peuple juif au travers des siècles et notamment celle – si apocalyptique – de la Shoah, le tout doublé du refus arabe de l’Etat hébreu, Israël considérait l’arme atomique comme un « ultime recours » en cas d’agression radicale contre son existence.
C’est ainsi qu’en octobre 1973, aux premiers jours de la Guerre de Kippour quand les armées égyptienne et syrienne avaient profondément enfoncé les fronts sud et nord d’Israël, Golda Méïr, alors chef du gouvernement israélien, donna ordre à la Défense nationale d’armer l’aviation de Tsahal avec des fusées de type Jéricho dotées d’ogives nucléaires – ce que les satellites de l’armée russes détectèrent aussitôt avec pour conséquence un avertissement immédiat transmis par Moscou aux Américains pour qu’Israël désarme sur le champ ses missiles…
Or depuis cette époque, il semble bien que l’arsenal nucléaire israélien se soit très sensiblement accru : ainsi, si l’on en croit les données régulièrement publiées à l’étranger par les revues spécialisées – comme la très sérieuse Jane’s Defense Review britannique -, Israël posséderait aujourd’hui plus de 220 ogives nucléaires déjà placées sur des missiles, dont la plupart seraient enterrés dans de profonds silos déployés sur le Plateau du Golan, le long de la frontière jordanienne et dans le désert du Néguev, sans compter ses puissants sous-marins circulant dans toutes les mers entourant le Moyen-Orient capables de tirer à grande distance des missiles nucléaires.

De profonds changements en cours dans la région depuis 2011

Outre tous les bouleversements politiques et militaires en cours depuis 2011 au Moyen-Orient qui rendent encore plus incertain l’avenir géopolitique et militaire de cette région, le fait que l’Iran ait établi en Méditerranée orientale et au sud de la mer Rouge un « Croissant chiite » stratégique allant de Téhéran à Bagdad, en passant par Damas, Beyrouth, tout en réussissant parallèlement à beaucoup développer ses capacités nucléaires au vu et au su de toute la communauté internationale – pose une menace directe et évidente contre Israël, compte tenu notamment du discours explicitement génocidaire des mollahs de Téhéran à l’encontre de l’Etat juif.
« Le danger de voir l’Iran, principal sponsor des organisations terroristes, se doter de l’arme nucléaire, alors que certains autres Etats de la région n’en disposent pas encore, pourrait précipiter tout le Moyen-Orient dans une menaçante course à la prolifération atomique qui serait très périlleuse pour le monde entier », avait déclaré le président Barack Obama au début 2012. Et ce, à peine trois ans avant de conclure, en juillet 2015, à Vienne un « accord stratégique » avec Téhéran désignant l’Iran comme le nouveau « gendarme stratégique » de la région en remplacement des USA…
Or le fait qu’en dépit de cet « accord historique », le Moyen-Orient s’est enfoncé dans une situation géopolitique encore plus volatile, instable et susceptible de sombrer dans des violences encore plus sanglantes, place désormais Israël devant un dilemme très complexe : doit-il ou non conserver sa vielle doctrine d’ambiguïté nucléaire, comme si l’Etat hébreu était encore « gêné» de posséder lui aussi l’arme fatale… ? Ou bien doit-il au contraire afficher dès maintenant très clairement sa stratégie de dissuasion nucléaire pour bien convaincre les mollahs iraniens et tous les terroristes « fous de D.ieu » à quels risques de frappes atomiques préventives – et même de 2ièmes et « ultimes frappes » de ses sous-marins nucléaires – ils s’exposeraient au cas où ils voudraient, dans un geste de folie, « rayer Israël » de la carte de la région… ce qu’ils répètent sans cesse depuis des années dans tous leurs discours ?
Richard Darmon

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