5 Av 5777‎ | 28 juillet 2017

La néchama française renforcée par l’admour de Satmar chlita

Kinous impressionnant le 4 juillet. Pour sa première visite dans l’Hexagone, le Rabbi de Satmar a marqué les esprits dans une atmosphère de ferveur. Le chemin qu’il s’est fixé – sauver le judaïsme de ce pays de la perdition spirituelle – semble bien entamé

 

« Nous sommes venus dans ce pays pour renforcer votre néchama mais c’est nous qui bénéficions de ce ‘hizouk aujourd’hui. En effet, lorsque nous voyons ici tant de Juifs vivre intensément leur foi, envers et contre tout, nous sommes transportés par l’espoir » : c’est dans une atmosphère de liesse que l’admour de Satmar chlita s’est exprimé le mardi 4 juillet dans la soirée aux docks Pullman d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), devant près de deux mille cinq cents personnes, dont cinq à six cents femmes. A ses côtés se tenaient cent cinquante rabbanim de France, consistoriaux ou non, représentant diverses obédiences et épaulés par des rabbanim venus spécialement d’Israël, de Londres, Manchester, New York ou Toronto. Qui dit mieux ? Une réussite et un événement historique qui marquera les esprits pour longtemps : jamais le Rebbe, qui vit à Brooklyn, n’avait rendu visite à notre communauté. Il était notamment accompagné d’un autre gadol hador, l’admour de Pshevorsk chlita, l’un des leaders spirituels les plus respectés de notre génération résidant à Anvers (Belgique).

En vérité, c’est une délégation complète qui a fait le voyage. Il y avait là des dizaines de ba’hourim anglais et une centaine de donateurs principalement originaires d’outre-Atlantique et du Royaume-Uni. Les rencontres se sont enchaînées à un rythme soutenu du mardi 4 juillet dans la matinée au jeudi 6 en fin de journée.

Pour mesurer le sens de ces moments exceptionnels, il faut en comprendre la genèse : trois maîtres de l’orthodoxie hexagonale ont lancé un appel pressant au Rebbe de Satmar chlita, Zalman Leib Teitelbaum, pour qu’il vienne en aide aux associations toraniques et aux Juifs français eux-mêmes, globalement menacés de perdition spirituelle – en dépit des efforts méritoires d’une minorité, soulignés par l’admour pendant le kinous. Ces maîtres sont le rav Itzhak Katz chlita, des Institutions Yad Mordekhaï de Paris, le rav Yehouda Tolédano, des établissements d’enseignement scolaire et talmudique Merkaz Hatorah, en Seine-Saint-Denis, et le rav Mordekhaï Rottenberg chlita, de la synagogue de la rue Pavée (4e arrondissement). Deux autres personnalités se sont jointes à ce triumvirat, le rav Itzhak Weill chlita d’Aix-les-Bains (Savoie) et le rav Shmuel Kohn, qui dirige les institutions orthodoxes de Marseille – ainsi que l’association Tag, spécialisée dans le filtrage d’Internet sous la houlette du rav Naftali Lévy.

Constat partagé par tous : l’alya massive des Juifs pratiquants et des donateurs de notre communauté a rendu certaines synagogues, écoles ou yéchivot exsangues en termes de fréquentation et de budget. Quant à ceux qui partent, ils doivent faire face à une triste réalité : la société laïque israélienne et son système pédagogique ne sont pas adaptés, dans l’ensemble, au renforcement spirituel des adultes observants et des enfants issus des lieux de ‘hinoukh français. Du coup, une fois installés à Jérusalem, Tel-Aviv, Ashdod ou Netanya, nos coreligionnaires oublient trop souvent les mitsvot et sont paradoxalement en proie au yetser hara sur la terre de la kedoucha.

Or, peupler Israël sans la boussole de la Torah est l’un des pires chemins qu’un Juif puisse emprunter sous le regard d’Hachem.

L’admour de Satmar chlita a rappelé que de nombreux séfarades avaient déjà abandonné les trésors spirituels hérités de leurs ancêtres maghrébins après avoir franchi la Méditerranée, dans les années 60. « Aujourd’hui, a-t-il ajouté, les jeunes perdent à nouveau une grande part de leur identité religieuse en Eretz ou ici, parce que l’assimilation fait des ravages ». Une assimilation favorisée hélas par l’envahissement des appareils numériques et des informations non hiérarchisées qu’ils véhiculent, de la confusion intellectuelle qu’ils provoquent et des mauvais penchants qu’ils stimulent. Il a jugé d’autant plus extraordinaire l’attitude de ceux qui résistent en France à toutes les tentations, continuent de prier, étudier inlassablement… et même de se vêtir en Juifs, malgré l’environnement ultra-laïc, l’insécurité et l’antisémitisme.

« Quand les Juifs cherchent à imiter les nations, a martelé le Rebbe, ils s’exposent à de terribles souffrances. Nous devons les en dissuader ».

Dans son allocution, le rav Yehouda Tolédano a proclamé que l’admour était à Paris pour « réveiller » les âmes endormies et pour y insuffler non pas l’obsession du départ vers Israël mais la volonté d’observer les commandements « là où nous sommes ». Il a souligné que la marque de fabrique du mouvement Satmar (plus de cent vingt mille fidèles répartis entre Jérusalem, Bné Brak, Anvers, Londres, Toronto, New York…) était la « malkhout ha’hessed », autrement dit le royaume de la bonté, la préoccupation constante de l’autre. « C’est l’objet de cette visite, a-t-il affirmé : l’amour du peuple juif, la nécessité de partager le fardeau de chacun d’entre nous ont poussé le Rebbe à tout mettre en œuvre pour nous secourir ». Et de rappeler que Moché Rabbenou lui-même était devenu « grand » au moment précis où il a décidé de prendre en main le sort de ses frères en perdition sous le joug de Pharaon.

C’était aussi le sens de la démarche des donateurs du mouvement ‘haredi réunis ici pour la première fois. Logés à l’hôtel Trianon Palace de Versailles, ils étaient visiblement émus et impressionnés par l’accueil des Français. Lors du dîner de gala qui a précédé le kinous du 4 juillet, aucune promesse chiffrée n’a été formulée publiquement mais le rav Shlomi Elhadad, membre du comité d’organisation du voyage, indique à Haguesher que des bienfaiteurs potentiels ont été « époustouflés » par la kedoucha ressentie au cours de leurs rencontres dans ce pays. Pour lui, aucun doute : ils se mobiliseront matériellement comme se sont mobilisés ceux qui ont participé massivement au meeting d’Aubervilliers.

Partout où se sont rendus les admourim en compagnie de leurs fidèles et des donateurs venus de l’étranger, il y avait foule et la ferveur était palpable, chacun voulant recevoir les paroles et bra’hot des guedolim : rue Pavée, chez le rav Mordekhaï Rottenberg chlita et le rav Itzhak Katz chlita, dans le beth hamidrach du rav Messod Hamou (19e arrondissement) ou encore dans les lieux d’étude Novardok d’Armentières et de Bussières, en Seine-et-Marne. Sans oublier un dernier déplacement au Raincy chez le rav Yehouda Tolédano.

C’est donc un sans-faute pour Rabeyni Israël. Cet homme d’affaires francophone a assuré depuis Anvers la coordination de l’événement. « Chaque communauté, chaque choule – quelle que soit sa taille – détient une parcelle de sainteté, nous dit-il. Si l’une d’entre elles dépérit, le peuple juif tout entier en sera affecté. Or, plusieurs synagogues, yéchivot ou kollelim sont menacés ici. Il fallait agir. La réussite de ce voyage est j’espère le point de départ d’un vrai renouveau spirituel pour le judaïsme français, dont on mesurera l’ampleur au fil du temps ».

 

Axel Gantz

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