27 Kislev 5778‎ | 15 décembre 2017

Avi Gabbay, le « Macron » israélien élu président du parti travailliste

 

L’élection lundi soir 10 juillet d’Avi Gabbay à la présidence du parti travailliste a provoqué un véritable séisme politique en Israël, un séisme qui pourrait également secouer le Likoud de Binyamin Nétanyaou.

Personne ne s’y attendait, et pourtant, il l’a fait : sept mois à peine après avoir adhéré au parti travailliste et un an après avoir quitté Koulanou et claqué la porte du gouvernement Nétanyaou, Avi Gabbay s’est donc confortablement installé, en début de semaine, dans le prestigieux fauteuil de président du parti travailliste, occupé avant lui par David Ben Gourion, Golda Méïr, Its’hak Rabin et Shimon Pérès ! Au second tour des primaires travaillistes, Gabbay l’a emporté sur Amir Peretz en obtenant 52,2 % des suffrages soit environ 16 000 voix. Dans son discours de victoire, lundi soir au parc des Expositions à Tel Aviv, Gabbay a appelé à l’unité au sein d’un parti dont la direction a connu dans son histoire, de multiples crises de rivalités et de jalousies (voir Rabin-Pérès) : « Aujourd’hui commence notre route vers le changement de pouvoir en Israël. Une route qui va nous conduire vers le cœur des Israéliens, de ces Israéliens qui aiment leur pays, qui servent leur pays et qui se préoccupent de son avenir, des Israéliens qui ont foi en nos valeurs, en notre idéologie, mais qui depuis des décennies ne votent plus pour le parti travailliste ». Gabbay s’en est pris dans ce discours de victoire au pouvoir actuel de Binyamin Nétanyaou : « Ce pouvoir a voulu diviser les citoyens israéliens entre gauche et droite, entre laïcs et religieux entre ashkénazes et sépharades, il a voulu diviser pour mieux régner mais l’heure est venue de se rassembler et d’appeler tous les Israéliens qu’ils aient voté travailliste ou pas, à nous rejoindre car le changement de pouvoir demande des forces. Le public en a assez du défaitisme, d’un leadership qui n’aspire qu’à une chose : se faire réélire. Nous avons besoin d’un leadership qui pense aussi à Dimona et pas seulement à Amona », a dit Gabbay

L’élection de Gabbay est impressionnante a plus d’un titre : d’abord, parce que Gabbay n’a jamais milité au sein du parti. Dans le meilleur des cas, on peut dire de lui que c’est un centriste de droite porté sur le social, mais il lui faudra encore faire un bout de chemin avant de l’identifier pleinement au parti qui dirigea le pays jusqu’en 1977. Ensuite, parce que Gabbay l’a emporté sur un Amir Peretz qui représentait, dans ces élections, l’establishment travailliste traditionnel, celui de la centrale syndicale Histadrout, celui de la base militante travailliste. Enfin parce que Gabbay n’est pas le prototype du leader travailliste « lamda » : Même s’il n’est pas le premier président travailliste d’origine sépharade et marocaine, Amir Peretz a occupé ces fonctions entre 2005 et 2007, Gabbay correspond bien plus à un candidat Likoud qu’à un président du célèbre parti de gauche. A n’en pas douter : ce lundi soir, Golda Méïr, qui avait qualifié les Sépharades dans les années 70, de « pas sympas » a dû se retourner dans sa tombe en apprenant que l’un d’eux venait de lui succéder…

Alors comment Gabbay a-t-il déjoué les sondages et les évaluations de la plupart des experts qui ne donnaient pas cher la semaine dernière de ses chances de se faire élire ?

On peut avancer plusieurs explications :

  1. L’effet Macron : les électeurs travaillistes et en particulier les plus jeunes ont voulu en élisant Gabbay exprimer le ras-le-bol qu’ils ressentaient envers ce parti travailliste qui n’était bon qu’à couper (politiquement) très vite les têtes de ses leaders et qui ne parvenait pas à s’imposer comme une alternative au pouvoir de Binyamin Nétanyaou. De facto, le principal atout de Gabbay a été son côté « novice politique » et son intégrité qui se sont exprimés pleinement, l’an dernier, lorsqu’il a quitté le gouvernement de Nétanyaou par solidarité avec Moché Yaalon, le ministre de la Défense, limogé comme un malpropre par le Premier ministre et remplacé, aussi vite, par Avigdor Liberman. Le parti travailliste avait besoin d’un chef de file « clean » et capable d’insuffler un nouvel élan dans cette formation chroniquement affaiblie par des rivalités internes. On le constate : il y a dans le bref parcours politique de Gabbay d’étonnantes ressemblances avec celui d’Emmanuel Macron. D’ailleurs Gabbay n’hésite pas à se comparer au nouveau président de la République ! Il est vrai que c’est très tentant mais pas tout à fait précis puisque Gabbay aura, s’il veut effectivement coller à son modèle, la redoutable mission de vaincre Nétanyaou et le Likoud à l’issue des prochaines Législatives.
  2. En propulsant un militant de centre-droite, les électeurs travaillistes ont parfaitement compris que leur parti ne pourrait espérer revenir au pouvoir s’il ne savait pas « ratisser large ». Ils ont donc opté pour un homme qui, comme Macron, se déplace allègrement du centre-droite au centre gauche. De ce point de vue, l’élection de Gabbay est une très mauvaise nouvelle pour le parti centriste de Yaïr Lapid (Yech Atid) mais également pour la formation de Moché Kahlon, Koulanou qui doit aujourd’hui se mordre les doigts d’avoir laissé partir le nouveau président travailliste.

Mais, et c’est probablement là l’une des conclusions les plus importantes de l’élection de Gabbay, même Binyamin Nétanyaou va devoir tirer les leçons de ce développement. En effet, l’arrivée sur le devant de la scène politique d’une personnalité « neuve et clean », risque de faire ressortir avec plus d’acuité, l’usure du pouvoir que l’on ressent souvent dans la proximité de Mr Nétanyaou. Elle risque de pousser des militants jeunes et dynamiques du Likoud à mettre leur leader le dos au mur en le sommant de promouvoir un leadership plus jeune, plus dynamique, plus combattif. Bien sûr, pour l’heure, le prestige du Premier ministre et son leadership ne sont pas remis en cause. Mais si les enquêtes judiciaires contre Mr Nétanyaou devaient se prolonger, et à plus forte raison si le Parquet devait décider de l’inculper dans l’un des dossiers 1000 (cadeaux), 2000 (Yediot) et 3000 (sous-marins) dans lesquels il est incriminé, il ne faudra pas exclure qu’un vent de révolte souffle alors sur le Likoud, un vent porté par des militants qui pourraient craindre de perdre le pouvoir. Dans un tel cas de figure, un homme tel que Gidéon Saar pourrait bien être le « joker » du Likoud et l’homme qui sera capable de rivaliser et même de dominer Avi Gabbay.

Daniel Haïk

 

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