16 Av 5779‎ | 17 août 2019

Impatience et querelles…

 

Chlomo Messica

Pour qui sait attendre…

« Kora’h, fils de Yitsar, fils de Kehat, fils de Lévy, prit… » (Bamidbar 16, 1). Qu’a-t-il donc pris ? « Il s’est pris lui-même » (Rachi). De fait, Kora’h était un homme de grande envergure spirituelle, et il était assurément destiné à occuper un haut rang parmi ses frères. Pourquoi donc n’en a-t-il pas eu le mérite ? Parce qu’il « s’est pris lui-même ». Au lieu d’attendre son heure patiemment et de laisser les choses se faire naturellement, il a voulu s’emparer de ses ambitions par les protestations et les querelles. En juste punition, lui et ses comparses furent engloutis par la terre : celle-ci n’a pas attendu que leur heure arrive et elle s’est emparée d’eux par la force bien avant le moment prévu  (Rabbi Sim’ha Bounim de Pchis’ha).

Les saints et les justes

« Toute la communauté, tous sont des saints… » (16, 3). Il arrive souvent que des contestataires cherchent à ébranler l’autorité du rav de leur ville. Pour ce faire, ils affirment que le rav en fonction ne doit son poste qu’à la bonté ou à la naïveté des gens de la communauté. Mais s’il était entouré de personnes plus fermes et lucides, il aurait depuis longtemps perdu sa distinction… C’est dans cet esprit également que Kora’h s’est adressé ici à Moché : « Sache que tu ne mérites pas ta dignité ! lui déclara-t-il en substance. Et si tu conserves néanmoins ta place de chef, c’est parce que “tous sont des saints” – ce sont eux qui font preuve d’une piété excessive… » (Ktav Sofer).

Qu’il n’y ait plus jamais de querelle

« Souvenir pour les enfants d’Israël, afin que nul profane […] ne fasse fumer l’encens, et qu’il n’y ait plus [de querelle] comme celle de Kora’h et de sa faction » (17, 5). Rabbi Israël de Chklow était l’un des plus illustres disciples du Gaon de Vilna et éditeur de ses commentaires. Il fut en outre l’un des initiateurs des vagues d’immigration des élèves du Gaon vers Erets Israël, à partir de 1808. Ce mouvement faisait chronologiquement suite à la vague d’alya entamée quelque trente ans auparavant par les disciples du Baal Chem Tov – de la mouvance ‘hassidique –, lesquels avaient déjà « importé » en Terre sainte leur coutume, notamment la version des prières fidèle au rite sefard.

Au moment où Rabbi Israël s’apprêta à quitter l’Europe de l’Est, il reçut de la part de son condisciple, Rabbi ‘Haïm de Volozhin, une demande assez particulière, surtout dans le contexte de l’époque. Rabbi ‘Haïm pria en effet son ami d’adopter le rite de prières des ‘hassidim, en dépit des graves dissensions qui opposaient alors les deux camps. Et cela, afin de préserver la paix au sein de la communauté juive d’Erets Israël qui commençait à renaître…