16 Av 5779‎ | 17 août 2019

Cicurel, Valls, FN : les résultats qu’il faut retenir dans l’Hexagone

Au soir du second tour des législatives, on a observé dans notre communauté quelques scores jugés significatifs pour l’image ou l’avenir du judaïsme français. Les voici

 

La surprise de ce second tour, pour notre communauté, est la défaite d’Ilana Cicurel à Paris, dans une circonscription à cheval sur les 16e et 17e arrondissements. Ici, près de 25 % des votants sont juifs, vraisemblablement un record national – impossible à vérifier précisément. Candidate de La République en marche, cette militante et cadre communautaire, directrice de l’Alliance israélite universelle (AIU), semblait assurée de l’emporter puisqu’elle avait distancé Brigitte Kuster, maire du 17e et présentée par Les Républicains, d’une dizaine de points au premier tour. Contre toute attente, elle a été battue le 18 juin avec un score de 48,5 % contre 51,5 % pour son adversaire.

Première explication : le sursaut de la droite, comme partout en France, entre les deux tours. Par ailleurs, de nombreux supporters d’Ilana Cicurel ont dû se démobiliser en ce dimanche caniculaire, persuadés que la victoire était acquise. Troisième élément : la forte implantation locale de Brigitte Kuster, très appréciée dans le secteur, y compris dans les foyers juifs pour son dévouement constant, notamment dans le dossier au long cours du Centre européen du judaïsme qui ouvrira début 2018 porte de Courcelles. En dernier lieu, l’identité religieuse et l’engagement communautaire de la candidate pro-Macron ont été constamment mis en avant sur les réseaux sociaux et à travers les articles numériques la concernant. Cela n’a pas forcément encouragé les 75 % d’électeurs non-juifs à opter, au final, en sa faveur…

S’agissant de Manuel Valls, élu de justesse dans l’Essonne – avec cent trente-neuf voix d’avance -, il a subi une violence verbale rarement observée dans un scrutin législatif. Le propagandiste de la haine Dieudonné s’est présenté contre lui et a recueilli 3,8 % des suffrages au premier tour. C’est peu, mais son « argumentaire » antijuif a fait rétrospectivement mouche au second tour quand Serge Dassault, l’ancien maire de Corbeil, près d’Evry, a manifesté son soutien à l’ex-Premier ministre. Non seulement Serge Dassault est un industriel de l’aviation richissime, mais il est de droite et d’origine juive. Ajoutons que la circonscription abrite de nombreuses communautés musulmanes, parfois extrémistes. L’adversaire de Manuel Valls, candidate de La France insoumise (gauche radicale), a multiplié les allusions complotistes à son encontre : Farida Amrani, elle-même musulmane, conteste d’ailleurs le résultat du vote devant la justice et parle de « tricheries », espérant une invalidation. Entre-temps, les attaques antisémites n’ont pas cessé sur Internet et l’annonce des scores officiels à la mairie d’Evry, dans la soirée du 18 juin, a été marquée par des invectives assourdissantes et un chahut difficile à maîtriser.

Enfin, la communauté juive ne peut que se réjouir des performances en berne du Front national par rapport aux records enregistrés les 23 avril et 7 mai, lors de la présidentielle : il n’aura que huit députés. Il en espérait au moins une trentaine.

 

Axel Gantz