16 Av 5779‎ | 17 août 2019

La nouvelle alliance régionale entre les USA et les pays sunnites se concrétise

(Front R-L) Jordan's King Abdullah II, Saudi Arabia's King Salman bin Abdulaziz Al Saud, U.S. President Donald Trump, and Abu Dhabi Crown Prince Sheikh Mohammed bin Zayed al-Nahyan pose for a photo during Arab-Islamic-American Summit in Riyadh, Saudi Arabia May 21, 2017. REUTERS/Jonathan Ernst - RTX36UAJ

Lancé dans le sillage immédiat de la visite de Donald Trump à Ryad, ce bloc des pays sunnites pragmatiques se liguant contre l’islamisme intégriste et les ambitions hégémoniques de l’Iran était en fait déjà en préparation depuis longtemps.

Même si elle a pris corps officiellement le 21 mai dernier à Ryad, juste après la visite de Trump, avec la Déclaration commune de 55 pays à majorité musulmane décidant de créer « une force de réserve de 34 000 hommes de troupe en vue d’éventuelles opérations contre les organisations terroristes en Syrie et en Irak », l’alliance des Etats arabes du bloc sunnite moyen-oriental avec les USA contre les extrémismes islamiste et iranien – qui vient de s’illustrer par le boycott du Qatar décrété par l’Arabie Saoudite, l’Egypte, les Emirats arabes unis (EAU), le Bahreïn et le Yémen – s’est en fait forgée tout au long de ces dernières années.

Son double but avoué : s’opposer à la montée de l’intégrisme sunnite (Daesh et Frères musulmans-FM) et contrer les velléités de domination déjà en acte de l’Iran que Trump a ouvertement accusé à Ryad « de semer la destruction et le chaos dans la région ».

Cela a commencé avec le rôle actif joué en juillet 2013 par l’Arabie Saoudite et les EAU dans le renversement au Caire, par l’armée du général Sissi, du président égyptien élu, Mohammed Morsi (membre des FM). Puis par l’intervention – y compris militaire de la part de Ryad – de la part de ces deux pays sunnites contre le soulèvement pro-chiite au Bahreïn en 2011 et au Yémen en 2015 en vue de stopper les menées subversives et déstabilisatrices de Téhéran dans les deux régions hautement stratégiques du Détroit d’Ormuz (voie pétrolière maritime N°1 du Moyen-Orient) et du Golfe d’Aden (verrou d’accès à la mer Rouge et au canal de Suez).

Cela s’est poursuivi en Libye avec le soutien militaire aérien des EAU aux troupes loyalistes du général Khalifa Haftar combattant contre les milices islamistes et la livraison d’une importante base à l’Armée nationale libyenne à 100 km de Benghazi.

Vers l’« Organisation d’un Traité du Proche-Orient » (OTPO) semblable à l’OTAN ?

Alors que les énergies populaires mobilisatrices soulevées par l’énorme vague des « printemps arabes » démarrée à la fin 2010, qui ont déjà donné leur plein, sont en nette régression, ce bloc sunnite pragmatique allié aux USA n’a nullement pour objectif de mobiliser les populations des pays concernés mais de constituer un axe géostratégique et militaire sachant couper court aux montées extrémistes alimentées par l’Iran et l’argent du Qatar. Et ce, aussi bien en Egypte et en Tunisie qu’en Turquie et à Gaza, ainsi qu’en Syrie. Voilà pourquoi certains experts des Affaires régionales ont avancé l’idée qu’une sorte d’« Organisation d’un Traité du Proche-Orient » (OTPO) semblable à celle de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord créé après 1945) était en formation dans le sillage de la Déclaration de Ryad…

Quant aux inquiétudes que ce nouvel axe de coopération militaire et stratégique américano-arabe se développe au détriment de la coopération bilatérale USA-Israël en matière de Défense, elles ont été atténuées lors de la récente visite du chef des états-majors conjoints de l’armée américaine, le général Joseph Dunford, qui a réaffirmé avec insistance la pérennité et la solidité des relations entre les armées des deux pays amis. Richard Darmon