16 Elul 5779‎ | 16 septembre 2019

Célébrer Lag BaOmer : pourquoi, comment et depuis quand ?

Pour qui réside en Israël, il semble désormais bien établi qu’il faut se rendre à Méron pour célébrer Lag BaOmer. A défaut, on allumera un grand feu – une médoura −avec des amis. Mais en a-t-il toujours été ainsi ? Flash-back historique sur les raisons d’une célébration qui attire près d’un demi-million de personnes en Galilée…

Il faut d’abord rappeler que quatre événements particuliers se sont déroulés le 33e jour du compte du Omer, qui tombe toujours le 18 du mois de Iyar: 1) Le Idra Rabba (littéralement « La Grande Assemblée »), l’un des livres du Zohar, rapporte qu’en ce jour Rabbi Chimon Bar Yohaï rassembla 9 de ses disciples pour leur révéler des secrets de nature mystique avant de quitter ce monde. 2) Ce même jour, la mortalité qui frappa 24 000 élèves de Rabbi Aquiba cessa (comme ramené dans le commentaire du Méiri sur Yévamot 62b). 3) Selon d’autres sources (Sdé Hémed, Méam Loèz Vayétsé p.576), c’est en ce jour que Rabbi Aquiba commença à enseigner à ses 5 disciples : Rabbi Chimon, Rabbi Méir, Rabbi Néhémya, Rabbi Yéhouda et Rabbi Yossi. 4) Enfin, rav Moché Sofer (1767-1840, auteur du ͚ Hatam Sofer) a établi que c’est le jour où la génération du désert a reçu la manne. Sortis d’Egypte le 15 Nissan, les enfants d’Israël consommèrent les matsot qu’ils avaient emportées jusqu’au 15 Iyar. Ensuite, ils n’eurent pas de pain pendant trois jours, et c’est alors que le Créateur leur envoya la manne, le 18 Iyar.

 

13 ans caché dans une grotte

Il était donc normal qu’une commémoration s’établisse au vu de la conjonction de tous ces événements. Toutefois, alors que la halakha nous recommande de jeûner le jour anniversaire de  la  mort  d’un  grand  Sage  de  la  Torah,  comment  le  jour  du  décès  de  celui  qui  a donné  le Zohar au peuple juif a-t-il pu se transformer en jour de fête ? La réponse est que, pour Rabbi Chimon  bar  Yohaï,  ce  fut  certainement  un  jour  de  joie,  car  en  quittant  ce  monde  il  allait prendre place dans le monde céleste. Une autre raison est invoquée : la Guemara (Chabbat 33b) raconte les circonstances qui ont conduit Rabbi Chimon à se réfugier 13 ans dans une grotte, près du petit village de Pekiin, en Haute-Galilée. L’empereur Hadrien, qui avait décrété sa mort, avait interdit que soit enterrée toute personne  condamnée par décret impérial : lorsqu’il apprit que le monarque romain n’était plus, Rabbi Chimon sen réjouit, car il savait qu’il aurait enfin une sépulture (rapporté dans les ResponsaChem Arié, Ora’h Haïm 14).

Le roi de la mystique juive

La  première  mention  de  prières  collectives  à  Meron  lors  du  Lag  BaOmer  serait  le  fait  de rabbi Ovadia de Bartenoura, monté en Israël en 1485, qui semble l’associer à Pessa͛  h Cheni, 4 jours  plus  tôt.  Mais  il  est  établi  avec  certitude  quà  lépoque  du  Ari zal  (Rabbi  Itshak Louria, 1534-1572), la célébration de Lag BaOmer consistait à aller à Méron sur la tombe de Rabbi Chimon pour sy adonner à létude et à la prière. Son disciple, Rabbi Haïm Vital (1542-1620)  rapporte  que  le  Ari  zal  se  rendit  à  Méron  à LagBaOmer  pour  procéder  à  la  coupe  de cheveux de son fils, la ͚  halaké, à l’âge de trois ans. A cette époque, pour honorer l’âme de l’auteur  du  Zohar,  on  allumait  des  veilleuses  d’huile  qui  répandaient  leur  lumière  plusieurs jours durant. Les mèches utilisées provenaient alors de vêtements usés, que lon brûlait à l’occasion. Pour expliquer la coutume actuelle, qui consiste à procéder à de grands brasiers, il semblerait que la pratique conseillée par les Sages de brûler les affaires personnelles et le lit d’un roi d’Israël après  son  décès,  afin  que  nul  ne  puisse  en  profiter,  se  soit  peu  à  peu  insérée  dans  les  célébrations  de  Lag  BaOmer.  L’auteur  du  Zohar  n’est-il  pas,  quelque  part,  le  roi  de  la  mystique juive ?  Bien  que  cette  manière  de  faire  ait  été  fortement  condamnée  par  Rabbi  Yossef Chaoul  Nathanson  (1810-1987,  auteur  du Choel  ouMéchiv),  désormais  à  défaut  de  vêtements, ce sont des branchages, du bois sous toutes ses formes que l’on brûle en l’honneur de la Hilloula de Rabbi Chimon.

Illuminer toute la Gola

Au  fil  des  siècles,  la  célébration  de  Lag BaOmer  s’est  répandue  jusque  dans  certaines communautés  de  l’Europe  de  l’Est.  Comme  aucun  arc-en-ciel  n’avait  été  observé  du  vivant de Rabbi Chimon, à Lag BaOmer en Galicie, la coutume était d’encourager les enfants à tirer à  l’arc,  ce  quobservent  encore  certains  Admorim de  nos  jours.  Mais  c’est  surtout  dans  le monde  séfarade  que  le  souvenir  de  Rabbi  Chimon  est  fêté  avec  éclat.  Dans  nombre  de synagogues d’Afrique du Nord, comme à la Ghriba de Djerba, un coin spécial lui est attribué, et sa mémoire est célébrée par nombre de bougies et de parfums. Dans l’île de Rhodes, c’est le jour de Lag  BaOmer que l’on met à la guéniza les documents saints quil est interdit de détruire.  En  tout  état  de  cause,  cette  année  encore  en  Israël,  la  nuit  de Lag  BaOmer  sera jalonnée de milliers de feux, allumés par des fidèles de tous âges et de toute obédience. Un événement qui nous renvoie à la manière dont on annonçait l’arrivée de la nouvelle lune : « On  allumait  des  feux  depuis  le  mont  des  Oliviers…et  [de  colline  en  colline,  jusqu’en Babylonie] toute la Gola était illuminée comme un brasier. » (Roch HaChana 2, 4). Une lumière dont le monde actuel aurait bien besoin. David Jortner