29 Tishri 5778‎ | 19 octobre 2017

Dans la communauté, on votera Macron « sans illusion »

A staff member walks through doors at the hall before the start of a rally Emmanuel Macron, head of the political movement En Marche !, or Onwards !, and candidate for the 2017 presidential election, in Chatellerault, France, April 28, 2017.

« Seul Hachem décide qui sera président », entend-on beaucoup ces derniers temps. Certes, mais face à un avenir lourd d’incertitudes, notre devoir moral est de ne pas rester les bras croisés, de nous mobiliser pour éviter le pire. Commentaires sur le vif.

« Je crains que certains de nos coreligionnaires s’abstiennent, nous dit Michel Cohen-Tenoudji, président du Consistoire de Marseille. Les fillonnistes, en particulier, n’ont pas digéré les propos d’Emmanuel Macron sur la Torah, qui serait enseignée au détriment des matières profanes dans les écoles juives, ni son dérapage sur la colonisation en Algérie, qu’il a qualifiée de “crime contre l’humanité”. Mais aucun candidat du premier tour n’était parfait et j’appelle solennellement, en dépit de mon devoir de réserve, à voter massivement Macron le 7 mai ». Dans la cité phocéenne comme ailleurs, des rabbanim ont invité leur kahal à choisir François Fillon le 23 avril. Ceux qui préféraient le candidat d’En marche ! semblaient moins nombreux. Encore que… « Chez moi, à Caen, proclame Nissim Lévy, président du Consistoire de Normandie, la plupart des Juifs ont opté pour Macron. Fillon est un catholique rétrograde qui n’a cessé de pourfendre le “communautarisme”. Suivez mon regard…Le candidat centriste, lui, est un authentique ami des Juifs et d’Israël. Il n’a pas hésité à défendre ce pays lors d’une visite au Liban, en janvier : il a affirmé devant ses hôtes arabes qu’il était contre le boycott de l’Etat juif et opposé à toute reconnaissance anticipée d’un Etat palestinien. Bravo ! »

Les avis… rétrospectifs sont donc partagés, mais tous les cadres communautaires s’entendent pour souhaiter une large victoire d’Emmanuel Macron au second tour. Ensuite ? C’est le saut dans l’inconnu.

Les Juifs qui fréquentent les lieux de culte sont au moins aussi inquiets que les autres s’agissant de l’avenir de la France après la présidentielle. « Ce quinquennat sera crucial, estime Pierre M., médecin et fidèle d’une synagogue orthodoxe du 16e arrondissement de Paris. Soit le climat s’apaise, soit Marine Le Pen gagnera en 2022– ou avant en cas de crise de régime, hélas possible ! La situation est gravissime puisque les électeurs n’ont plus mauvaise conscience lorsqu’ils votent pour l’extrême droite. Le ralliement au FN de Nicolas Dupont-Aignan démontre qu’une barrière a sauté. Dans ce contexte anxiogène, il est devenu difficile d’être à la fois juif et citoyen français. J’espère que Macron va éviter le “balagan” à l’issue des législatives et trouver une majorité stable pour redresser l’économie, mais je me demande comment…»

Pour Armand B., chauffeur de taxi qui prie dans une choule de tradition tunisienne, la campagne a été marquée par des sous-entendus antisémites continuels qui n’augurent rien de bon. « Sarkozy était le prétendu pantin du“lobby juif”, rappelle-t-il. Et ça recommence : Macron serait “l’homme de la finance” et les gens comprennent qu’il serait le suppôt de la banque Rothschild ». Georges S., avocat né au Maroc, est moins amer : il pronostique un mauvais score des frontistes aux législatives. « Le clivage entre gauche et droite modérées n’est pas si obsolète qu’on le claironne dans la presse, analyse-t-il. Je ne crois pas que Marine Le Pen soit en mesure de rassembler une majorité à moyen ni même à long terme. Cela dit, il est nécessaire de se mobiliser dimanche ».
Nécessaire ? Au moins symboliquement, car beaucoup soulignent que la désignation du président de la République, au final, ne relève pas des hommes mais d’Hachem. « En matière de parnassa ou de santé, il faut aider le destin, affirme Yvel S., informaticien à Villeurbanne. Mais qui entrera à l’Elysée et surtout, qu’arrivera-t-il ensuite ? Cela nous dépasse. Pour ma part, je vote pour la personnalité la moins malhonnête. C’est ma responsabilité en tant que Juif. Or, qui est le plus moral ? Evidemment Emmanuel Macron. On ne lui reproche aucune “affaire”, même s’il est loin d’être parfait. Voilà pourquoi je l’ai choisi le 23 avril et je continuerai le 7 mai ». « On ne contrôle rien, renchérit Patrick L., pharmacien à Toulouse. Peut-être serait-il préférable que Marine Le Pen soit élue afin que chacun comprenne l’inanité de son programme et pour repartir dans le bon sens un peu plus tard. D.ieu décidera mais je voterai Macron, bien entendu. Une manière de témoigner, de prendre spirituellement position – sans illusion sur ma capacité à influer sur le cours de l’Histoire ».

Axel Gantz

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*