29 Iyyar 5777‎ | 25 mai 2017

L’essor du judaïsme bordelais, une exception en province

La communauté consistoriale de la métropole girondine vient de célébrer le premier anniversaire de son nouveau centre culturel. Son succès illustre le dynamisme démographique d’une ville qui attire un nombre croissant de foyers juifs.
Le rav Emmanuel Valency est le rabbin consistorial de Bordeaux et de sa région depuis septembre 2012, après avoir exercé à Clermont-Ferrand au sortir du Séminaire. Le dimanche 26 mars, il était fier de célébrer le premier anniversaire du centre communautaire et culturel flambant neuf de la capitale girondine, qui porte le nom d’Espace Erets. Il est situé à proximité immédiate de la synagogue, cours Pasteur. Le centre précédent a fermé, il y a plus de dix ans, et il était géré par le Fonds social juif unifié (FSJU), lequel a élaboré un nouveau projet qui n’a jamais abouti, faute de moyens et en raison de divergences entre certains responsables du dossier. Du coup, le rabbinat et le Consistoire ont décidé de prendre à leur charge un lieu axé davantage, par définition, sur le culte. Inauguré en 2016, il fonctionne si bien que le président de la communauté, Erick Aouizerate, particulièrement dynamique, et le rabbin Valency ont mis les petits plats dans les grands pour marquer cet anniversaire. Un déjeuner a réuni les donateurs ayant contribué à la construction de ce pôle d’enseignement et de rencontres. Une plaque en leur honneur a même été dévoilée en présence du président du Consistoire venu de Paris, Joël Mergui. Dans l’après-midi, un concert a été donné par le Chœur juif de France dirigé par Hector Sabo. Le ‘hazan Raphaël Cohen, responsable du Chœur, et le baryton Michaël Guedj y participaient. Ce dernier a notamment interprété des airs hispano-portugais particulièrement appréciés par les Juifs d’Aquitaine, dont on connaît les racines historiques du côté de la Péninsule ibérique.
Si la fréquentation du centre est remarquable, c’est parce qu’elle s’inscrit dans un mouvement général : Bordeaux ne ressemble pas aux autres métropoles provinciales où la vie juive se contracte pour motifs sécuritaires et surtout démographiques. Ici, l’alya est largement compensée par l’arrivée de familles en provenance de la capitale ou d’autres agglomérations. Elles sont attirées par l’environnement et le climat, un dynamisme économique exceptionnel en France et la quasi-absence de tensions interethniques. En outre, la mise en service du dernier tronçon de la ligne TGV qui mettra la ville, en juillet, à deux heures de Paris devrait booster encore cette lame de fond. Il n’y a que deux mille Juifs à Bordeaux, mais ils sont en nombre croissant. « Et de plus en plus pratiquants », lance le rav Valency. L’école juive Gan Rachi-Edmond J. Safra, fondée par l’ancien grand rabbin régional Claude Maman et qui contient désormais des classes diversifiées de la maternelle au collège, a reçu l’année dernière la palme de la plus forte hausse d’inscrits parmi l’ensemble des établissements juifs de ce pays : + 57 % en l’espace de douze mois ! La synagogue consistoriale, avec cent cinquante fidèles le samedi matin, et le Beth Habad ne désemplissent pas. Tout comme la pizzeria casher et le nouveau restaurant bassari ouvert début mars, qui a connu d’emblée un succès remarqué. Car la demande est là dans une région où les relations interreligieuses sont excellentes, notamment grâce à l’action du très modéré et très apprécié Tareq Oubrou, principal imam local qui milite pour l’amitié judéo-musulmane. Cela signifie-t-il qu’on peut arborer la kippa sans crainte dans les rues de la ville ? « La réponse est oui, affirme le rabbin Valency, mais vous en verrez peu, car les Juifs bordelais ont pour habitude de mettre une casquette sur leur calotte rituelle. C’est une tradition liée à la conception particulière de l’intégration républicaine qui prévaut ici. Mais personne n’a peur… »
Axel Gantz

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