5 Av 5777‎ | 28 juillet 2017

FN : enquête sur ces néo-nazis qui tiennent les finances du FN

Deux journalistes se sont penchés sur la « fachosphère » antisémite qui a fait main basse sur la trésorerie du parti d’extrême-droite. Le titre de leur livre, « Marine est au courant de tout », est sans ambiguïté…
Jean-Pierre Zablot est septuagénaire. Il vit à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) dans une chambre de dix mètres carrés dont il ne peut plus payer le loyer, faute de moyens. De 1999 à 2015, cet ancien parachutiste était le chauffeur de Jean-Marie Le Pen. Corvéable à toute heure du jour et de la nuit, sans week-ends ni vacances, il parle d’« esclavage moderne » : il était payé deux mille euros au noir et n’a eu droit à rien ou pas grand-chose quand il est tombé malade. Il a dû alors cesser son activité. Le FN l’a laissé choir sans un sou et il doit se battre aujourd’hui devant la justice contre le parti d’extrême-droite pour « travail dissimulé ». C’est l’une des histoires racontées par deux journalistes, Mathias Destal (de l’hebdomadaire Marianne) et Marine Turchi (du site Mediapart), dans un ouvrage de quatre cents pages, paru début mars, qui décortique les rapports ahurissants des dirigeants frontistes avec l’argent. Ce qui frappe en lisant « Marine est au courant de tout » (Flammarion), c’est l’omniprésence d’un groupe de nazillons qui ont connu la patronne du parti sur les bancs de l’université et qui ont fait main basse sur les finances du FN après la présidentielle de 2007. Presque tous ont milité au GUD, syndicat étudiant raciste et antisémite. Ils ont l’avantage, pour Marine Le Pen, de lui être exclusivement dévoués. Et peu importe si le communicant en chef du Front, Frédéric Chatillon, proche du propagandiste antijuif Alain Soral, a été surpris en possession de plusieurs exemplaires de « Mein Kampf » en arabe de retour de Damas, où il a ses habitudes. Ou s’il commémore un 30 avril l’anniversaire de la mort d’Hitler avec quelques amis, un verre à la main. Un témoin cité dans le livre précise : « Il n’y a pas une soirée sans salut nazi. Ils ne parlent que des Juifs, tout le temps. Quand ils sont entre eux, ils se lâchent complètement. ».
C’est autour de cette équipe qu’est mis en musique le système Riwal, du nom de la société de Chatillon. Elle fournit aux candidats d’extrême-droite, à chaque scrutin, des « kits de campagne » (avec tracts, journaux, organisation de meetings…) dans des conditions financières si opaques que Chatillon est désormais mis en examen pour escroquerie et abus de biens sociaux.
Pour les deux journalistes, quand Marine Le Pen prétend « n’être au courant de rien », elle ment effrontément. Les enquêteurs, qui travaillent sur le sujet depuis 2012, ont retrouvé la bande-son d’une conversation téléphonique entre le communicant et Axel Loustau, un autre membre de la « fachosphère » obsédé par la « question juive », candidat aux législatives de juin et trésorier d’une microstructure, Jeanne, dévouée à la présidente. Le dialogue démontre clairement que celle-ci ne se contente pas de savoir. Elle tire aussi les ficelles d’une tricherie généralisée. Au surplus, l’ouvrage met en lumière le rôle politique majeur et inattendu d’anciens du GUD comme Philippe Péninque, conseiller fiscal et éminence grise de Marine Le Pen. Ce triste sire est proche des négationnistes, tout comme Chatillon, qui a dirigé le syndicat étudiant. Le livre détaille les relations de ce dernier avec la famille de Mustapha Tlass, ex-ministre syrien de la Défense. Grâce à ses réseaux damascènes ou son site Internet pro-Assad InfoSyrie, le communicant numéro un du Front et admirateur d’Hitler est l’intermédiaire incontournable des responsables publics français désireux d’approcher le pouvoir alaouite.

Axel Gantz

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