30 Tishri 5778‎ | 20 octobre 2017

Botox version biblique

Ride du lion. Paupières fripées. Pommettes qui tombent. Vieillir fait peur. Très peur même. Alors, rien d’étonnant à ce que la chirurgie esthétique ait le vent en poupe dans le monde entier. Si, vous aussi, vous rêvez à la peau de vos vingt ans, la paracha de la semaine a pensé à vous. Et la bonne nouvelle, c’est que vous n’aurez même pas à passer sous le bistouri pour vous refaire une beauté. Explications.
Tess Christian a récemment fêté ses cinquante ans. Pourtant, bizarrement, son visage n’ arbore pas la moindre ride. Injection de Botox ? Lifting facial ? Acide hyaluronique ? Pensez-vous ! Cette Britannique a découvert une solution bien moins onéreuse pour lutter contre le vieillissement cutané : elle n’ a pas esquissé le moindre sourire depuis plus de quarante ans. Sans blague. « Je n’ai pas de rides parce que je me suis entraînée à contrôler mes muscles faciaux, a-t-elle confié, non sans fierté, au quotidien Daily Mail. Je n’ai pas rigolé ni même souri depuis que je suis adolescente. Mon dévouement a porté ses fruits, je n’ai pas une seule ligne sur le visage. » Et cette Mona Lisa des temps modernes d’ avoir la décence d’ avouer : « Je suis vaniteuse, je le sais bien. Mais ma stratégie est plus efficace que n’importe quelle crème de beauté ou de visage très coûteuse ».
Souriez, vous vieillissez !
Si cette info a eu le mérite de nous arracher un sourire, elle nous prouve avant tout l’ ampleur des mesures – et surtout des sacrifices – que certaines d’ entre nous sont prêtes à prendre pour souscrire au mythe de la jeunesse éternelle. Et même si, pour la plupart, nous n’ irons pas jusqu’ à afficher une tête d’ enterrement pour le restant de nos jours dans l’ espoir de réduire notre activité musculaire, nous n’ hésiterons pas à débourser de coquettes sommes en soins anti-âge et traitement antivieillissement. Histoire de retarder l’ inévitable. Cela dit, si l’ envie de suivre les conseils de cette impassible quinquagénaire vous sourit quand mêmeun tout petit peu, vous serez soulagées d’ apprendre que la Torah nous fournit une solution beaucoup moins draconienne en la matière. Et surtout, beaucoup plus efficace. Lisez donc.
Women First
Dans la paracha de Vayakhel, les versets nous décrivent le zèle et la générosité avec lesquels les enfants d’ Israël contribuèrent à la construction du Michkane (le Tabernacle). Or et argent. Étoffes d’ azur et de pourpre. Fin lin et poil de chèvre. Peaux de bélier et peaux de ta’hach… Rien n’ est trop beau, rien n’ est trop cher lorsqu’ il s’ agit d’ aménager le lieu qui réalisera l’ exploit d’ accueillir le divin sur Terre. Et la Torah tient à nous préciser que tous les membres du peuple d’ Israël, sans exception, tinrent à apporter leur pierre à l’ édifice du Michkane : « Les hommes accoururent avec les femmes. Tous les gens dévoués de cœur apportèrent boucles, pendants, anneaux, colliers, tout ornement d’or ; quiconque avait voué une offrande en or pour l’Éternel. » (Exode, 35, 22) Nos sages ne manquent pas de remarquer que la préposition employée pour signaler la participation des femmes est inhabituelle. Car la Torah n’ écrit pas « haanachimim hanachim -les hommes avec les femmes », mais bien « haanachimal hanachim » qui se traduit littéralement pas « les hommes sur les femmes ». Mais que signifie cette étrange formulation ? Le commentateur de Troyes de répondre : « Les hommes vinrent avec les femmes et en s’appuyant sur elles. » En d’ autres termes, ces dames ne se contentèrent pas de suivre ces messieurs pour apporter leurs offrandes au Tabernacle. Ce furent elles qui menèrent la danse. Ce furent elles qui entraînèrent leurs conjoints sur leur sillage tant leur enthousiasme était important.
Un cœur en or
Cette ferveur féminine prend tout son sens quand on se souvient qu’ au moment de la confection du veau d’ or, ces mêmes femmes avaient catégoriquement refusé de se séparer de leurs bijoux. Tant et si bien que leurs époux avaient été contraints de se défaire de leurs propres pendentifs pour façonner leur idole. En revanche, quand vint le moment de construire le Tabernacle, nous découvrons qu’ elles furent les premières à offrir ce qu’ elles avaient de plus cher. C’ est ce contraste révélateur que la Torah désire souligner en choisissant d’ employer la préposition « al » plutôt que celle d’ « im ». Et c’ est aussi ce contraste qui leur valut non pas une mais deux récompenses hors du commun. Mais comme nous n’ allons pas tarder à le découvrir, elles ne forment que deux faces de la même médaille.
Le don de la jeunesse éternelle
Ces récompenses, nous les découvrons dans un passage marquant du Pirké dérabbi Éliézer : « Aharon leur répondit : “Détachez les pendants d’ or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles et apportez-les moi.” (Exode, 32, 2) Les femmes entendirent et refusèrent de remettre leurs bijoux à leurs maris, en disant : “Tu veux fabriquer un veau qui n’ aura aucun pouvoir de nous sauver ? Nous ne t’ écouterons point.” Hachem leur donna alors une récompense dans ce monde-ci en cela qu’ elles respectent Roch ‘ Hodech davantage que les hommes, et dans le monde futur en cela qu’ elles mériteront de se renouveler comme Roch ‘ Hodech » (op.cit., chap. 45) La première de ces récompenses est assez connue ; c’ est celle de Roch ‘ Hodech, une fête tout particulièrement réservée aux dames puisque celles-ci n’ ont pas le droit d’ y effectuer certains travaux. La seconde, en revanche, est plutôt mystérieuse. Que signifient donc les mots « se renouveler comme Roch ‘ Hodech ? » Dans son ouvrage Parsha in Pink, la rabbanite Mindy Bodner-Lancry nous explique que dans le monde futur, quand nous renaîtrons, nous n’ aurons pas le visage plissé par toutes ces rides que nous aurons accumulées d’ ici nos 120 ans… Car le Tout-Puissant veillera à ce que nous revenions sur terre avec une peau éclatante, des pommettes saillantes, des paupières fermes et le front à tout jamais débarrassé de la ride du lion… Car tout sera mis en œuvre pour nous rendre la beauté et la fraîcheur de nos 20 ans. À tout jamais !
Donnez, Dieu vous le rendra
Cette double récompense nous enseigne au passage une magnifique leçon. Contrairement aux apparences, en donnant, nous ne perdons jamais. Nous ne faisons que gagner. Ces femmes s’ étaient privées de tous ces bijoux destinés à embellir leur apparence. Leur récompense dépassa toute espérance. Le Tout-Puissant leur accordera, et nous accordera, la beauté perpétuelle. Le genre de beauté qu’ aucun bijou ni autres accessoires féminins ne pourront jamais procurer. Telle cette lune qui renaît après avoir été réduite à un croissant presqu’ invisible et que nous, femmes, célébrons à Roch ‘ Hodech, le jour viendra où nous mériterons d’ accéder à la jeunesse éternelle. Et tout cela sans la moindre injection de Botox. Sans le moindre passage sous le bistouri. Et surtout, sans se priver de rire à gorge déployée. Jusqu’ au jour prochain où, comme nous l’ a promis le psalmiste, « notre bouche se remplira de rire et notre langue de cris d’allégresse ».
Ora Marhely

 
EXERGUE En donnant, nous ne perdons jamais, nous ne faisons que gagner. Ces femmes s’ étaient privées de tous ces bijoux destinées à embellir leur apparence ? Le Tout-Puissant leur accordera – et nous accordera- la beauté éternelle.

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