21 Nisan 5779‎ | 26 avril 2019

Les leçons du veau d’or jusqu’à nos jours

Chlomo Messica
Maladresses…
Lorsqu’on examine la manière dont la lecture de la section Ki-Tissa est partagée entre les différents hommes appelés à la Torah, on remarque un fait étrange : le deux premières « montées » – celles du Cohen et du Lévi – renferment la grande majorité des versets de cette paracha, et les cinq suivantes – attribuées à des hommes « Israël » – en contiennent beaucoup moins. Pourquoi une telle disproportion ? Un proverbe talmudique énonce : « À une personne dont un proche parent a été exécuté par pendaison, ne dis pas : “Va donc suspendre le poisson !” » (Baba Métsia 59/b). En clair, évitons les maladresses susceptibles de retourner le couteau dans la plaie de notre prochain. Or, nous savons que la faute du veau d’or n’a pas été perpétrée par la tribu de Lévi. C’est pourquoi nous préférons consacrer la lecture de ce passage uniquement à la montée d’un Lévi, afin de ne pas causer de gêne inutile à un Israël…(Rabbi Meïr d’Ostrovtsa).

Un rav trop familier
« Le peuple s’attroupa autour d’Aharon et lui dit : “Fais-nous un dieu qui marche à notre tête, puisque Moché, l’homme qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu” » (Chémot 32, 1). Quand Rav Chmouel Mohaliver, ravde Bialystok, décéda (en 1898), on proposa naturellement de nommer à sa place rav Meïr Sim’ha – le maître de Dvinsk – puisqu’il était lui-même natif de Bialystok. Mais les notables de la ville s’y opposèrent, sous prétexte qu’il leur était justement trop « familier ». Lorsque ce refus arriva aux oreilles de rav Meïr Sim’ha, il trouva dans notre paracha une attitude tout à fait similaire… Quand les enfants d’Israël virent que Moché tardait à descendre du Sinaï, ils demandèrent à Aharon de leur fabriquer une idole. La question se pose : si Moché n’était plus là, pourquoi ne pas nommer à sa place son propre frère Aharon, qui était également un illustre prophète ? Nous voyons de là que pour les hommes du érev rav, il était préférable de se tourner vers une idole, plutôt que de nommer à leur tête un personnage qui les connaissait bien et leur était trop « familier »…
La ténacité d’Israël
« Je ne monterai pas au milieu de toi, car tu es un peuple à la nuque raide ! » (33, 3). Autrement dit, le fait qu’Israël est un peuple têtu justifiait que D.ieu ne l’accompagnât pas dans ses pérégrinations. Or, lorsque Moché a pris la défense de ses frères, il a notamment déclaré : « De grâce, que mon Maître marche parmi nous, car c’est un peuple à la nuque raide ! » (34, 9). N’est-ce pas paradoxal ? De fait, nos Sages formulent eux-mêmes cette remarque dans la bouche de Moché : « Tu penses que cette qualité est un défaut : c’est en vérité une vertu ! » (Chémot Rabba 42). En effet, la ténacité d’Israël – qui l’a conduit à commettre de nombreuses fautes – est également la qualité qui lui permettra, tout au long des exils, de rester fidèle à sa foi. C’est grâce à cette « vertu » que les Juifs se sont de tout temps sacrifiés pour la Torah, en proclamant leur attachement indéfectible au Maître du monde. Moché Lui a donc déclaré : « Marche parmi nous » – précisément parce que – « c’est un peuple à la nuque raide !»