1 Tammuz 5777‎ | 25 juin 2017

Le régime veau d’or, ça vous connaît ?

Vous vous étiez juré de re-rentrer dans vos tenues de Chéva Berakhot d’ici le mariage de votre fille. Et vous avez presque tenu parole. Sauf qu’au bout de quelques semaines de régime draconien, vous avez fini par « craquer ». Et que depuis, c’est la dégringolade totale. À part, bien sûr, sur l’écran de votre pèse-personne. Juste avant de noyer votre frustration dans un énième bol de soupe aux choux, prenez le temps de lire l’opinion de la paracha sur la question. Et puis, un petit conseil : déposez tous ces tailleurs démodés chez Emmaüs.
Pourquoi les régimes ne marchent jamais ?
Pourquoi les régimes ne marchent jamais ? Et surtout, pourquoi ils nous font plus souvent grossir que maigrir ? Si ce genre de questions pèse davantage sur votre conscience que la montée du radicalisme ou les derniers rebondissements de l’affaire Fillon, les résultats d’une étude menée par la chercheuse en psychologie Tracy Mann va sans doute vous enlever un poids. Et, qui sait, peut-être aussi du poids. Cette Américaine qui a passé à la loupe nos habitudes alimentaires au cours des deux dernières décennies prétend avoir percé les trois attrape-lourdaud de ce fourbe nommé Sieur Régime.
Les attrape-lourdaud de Sieur Régime
Premier danger, en raison de chambardements neurologiques, votre cerveau devient subitement obnubilé par la nourriture. Vous étiez de celles qui sautaient systématiquement le p’tit déjeuner faute d’appétit ? Plus maintenant ! À peine levée, vous fantasmez à ce croissant pur beurre que vous n’avez jamais mangé et que vous ne mangerez encore moins maintenant. Deuxième danger, dès que la balance penche enfin en votre faveur, vous vous sentez en devoir de fêter cela. Et là pas question de vous contenter d’un bâtonnet de cèleri. Bienvenue dans ce que Mann appelle la « lune de miel nutritionnelle » ; une succession de banquetes de la victoria où les calories, inutile de le préciser, sont elles aussi de la partie.
Ce moment de faiblesse qui vous coûtera très cher
Troisième danger, votre bonne volonté ne paye pas forcément. Et la chercheuse d’illustrer ses propos par un exemple douloureusement familier. Vous êtes en réunion de travail et la patronne (qui, elle, ne surveille pas sa ligne) fait circuler un plateau de beignets tout chauds et tous sucrés. Très maîtresse de vous-mêmes, vous résistez à ses avances une minute, deux minutes, trois minutes… dix-neuf minutes. Puis à la vingtième minute, vous craquez. Mais permettez-moi de vous poser une question affreusement perfide : avez-vous été récompensée pour les dix-neuf minutes précédentes où vous avez si admirablement exercé votre self-control ? Et bien non, ma chère ! Tous vos efforts se sont volatilisés. Or c’est là une triste réalité qui s’applique uniquement au domaine de la diète. Tenez. Si vous êtes en pleins préparatifs de Chabbat et que vous vous octroyez une pause de 10 minutes, ces 10 minutes annulent-elles tout le ménage déjà effectué. Heureusement non. « Tandis que pour la nourriture, souligne Mann, quand vous connaissez ce seul moment de faiblesse, il défait tous les efforts réussis de volonté. »
Une tactique de guerre vieille comme le monde
Ce que Tracy Mann ignore, c’est qu’elle n’a rien inventé. Ou plutôt, qu’elle n’a fait que traduire en termes diététiques une bonne vieille tactique de guerre du Mauvais Penchant. Et si vous avez du mal à le croire, jetez donc un coup d’œil à la paracha de cette semaine, Ki Tissa. Vous y découvrirez, non sans stupeur, qu’à peine quarante jours après avoir assisté à la grandiose révélation de la sortie d’Égypte puis du mont Sinaï, nos ancêtres succombent à la tentation du veau d’or. « Allons, s’écrient-il à l’adresse d’Aaron, fabrique-nous des dieux qui marcheront devant nous, car voici Moché, l’homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons pas ce qu’il est devenu » (Chémot, 32, 1) Et bientôt, les voilà qui confectionnent un veau de métal, se prosternent devant lui, et vont jusqu’à prétendre: « Voilà tes dieux, Israël, qui t’ont fait sortir du pays d’Égypte ! » Où est donc passé la Main Puissante et le Bras Déployé qui les ont délivrés du joug égyptien ? Où sont donc passés ces tous premiers mots du décalogue « Je suis l’Éternel ton Dieu, qui t’ai fait sortir d’Égypte ? » qui avaient fait trembler leurs corps et leurs cœurs ? Comment appréhender une chute spirituelle aussi vertigineuse ?
En chute libre
Rabbi ‘Haïm Chmoulevitz (Si’hot Moussar, vol. I, p. 41) remarque qu’en règle générale le mauvais penchant n’a pas l’audace de précipiter ses victimes dans une faute gravissime. Non pas qu’il agisse par piété. Il sait simplement qu’en procédant ainsi, il n’aura aucune chance d’obtenir gain de cause. Il va donc procéder par étapes savamment graduées: « Telle est la méthode du mauvais penchant : aujourd’hui, il invite à faire un premier pas vers la faute. Une fois ce pas franchi, il demande le lendemain d’en franchir un deuxième. Étape après étape, il peut parvenir à faire adorer des idoles »(Chabbat 105/b) Ceci dit, dans des circonstances très précises, il se permet de sortir l’artillerie lourde en incitant l’homme à chuter du sommet d’une montagne aux tréfonds d’un puits. Ce cas de figure, nous explique l’auteur du Si’hot Moussar, se présente lorsque l’homme se retrouve privé de ses repères. Confus et désorienté, le voilà qui devient subitement à la merci des pires tentations.
Des hauteurs de la révélation sinaïtique aux abysses de la faute du veau d’or
Et c’est exactement le type de « mesures exceptionnelles » qui furent prises par le mauvais penchant pour attirer les Hébreux dans la faute du veau d’or quelques dizaines de jours seulement après la plus phénoménale des révélations divines. Le Talmud (Chabbat 89/a) nous révèle que le jour où Moché était censé redescendre du Ciel, le Satan plongea le monde dans les ténèbres. Et au milieu de nuages menaçants, il leur montra l’image du lit mortuaire du berger d’Israël. Se croyant orphelins de celui qui avait été leur guide moral et spirituel, se sentant isolés et démunis au cœur de ce désert aride mais grouillant de danger, ils devinrent des proies idéales à la mise en place de l’« état d’urgence » du mauvais penchant. C’est ainsi qu’ils sombrèrent des hauteurs de la révélation sinaïtique aux abysses de la faute du veau d’or. Un seul moment de faiblesse qui, à lui seul, défait tous les efforts réussis de volonté…
Dans la ligne de mire du mauvais penchant
Cet enseignement de Rabbi ‘Haïm Chmoulevitz nous livre une règle d’or dans le domaine spirituel : quand un individu est privé de ses repères, quand il traverse une période tumultueuse dans sa vie familiale ou professionnelle, il se trouve dans la ligne de mire du mauvais penchant. Lequel a le pouvoir de l’attirer dans une dégringolade fulgurante. Et le tout premier antidote pour éviter de succomber à ses coups de feu est d’être conscient de leur fatalité.
La règle d’or d’un régime raté
Mais si vous êtes une abonnée des régimes ratés, vous ne savez que trop bien que la sphère diététique n’échappe pas à ce genre de guet-apens. Il suffit d’un petit échec, d’un petit coup de blues, d’une petite remarque déplacée pour que plusieurs semaines de bonnes résolutions alimentaires fondent comme neige au soleil. Et quand nous « craquons », nous ne nous contentons pas d’une seule chips picorée dans le paquet de notre enfant. Nous devons à tout prix « descendre » le paquet entier. Et plus si affinités…. Parce que quand vous connaissez ce seul moment de faiblesse, il défait tous les efforts réussis de volonté. C’est le régime veau d’or. Et nous le payons à prix d’or…
Ora Marhely

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