18 Nisan 5779‎ | 23 avril 2019

Deux ans après Sarre-Union : le cimetière profané n’est toujours pas restauré

Desecrated tombstones of the Sarre-Union Jewish cemetery are pictured ahead of a ceremony with French President and officials February 17, 2015. A French prosecutor said on Monday five adolescents were arrested in conjunction with the desecration of 250 tombs in a Jewish cemetery near the northeastern city of Strasbourg at the weekend. Prosecutor said the reasons for the crime were unknown, but that one of the youths denied anti-Semitism. REUTERS/Vincent Kessler (FRANCE - Tags: POLITICS RELIGION CRIME LAW) - RTR4PWX1

 

Plus de deux cent cinquante tombes juives ont été vandalisées en Alsace le 12 février 2015. Depuis, elles sont quasiment dans le même état dégradé. Comment l’expliquer, que font l’Etat et les responsables du culte juif ? Enquête d’Haguesher. Le cimetière alsacien de Sarre-Union a été profané il y a déjà deux ans, et pourtant des morceaux de tombes gisent toujours à même le sol ! Deux sépultures seulement ont été restaurées : les familles sont américaines et ont avancé immédiatement les fonds nécessaires à la réfection des tombes. Quant aux inscriptions antisémites, elles ont été effacées partout, bien entendu. Le consulat général d’Allemagne à Strasbourg a rénové le monument dédié à la mémoire des déportés. La municipalité a pris à sa charge le portail situé à l’entrée du cimetière. En revanche, les autres stèles (plus de deux cent cinquante ont été renversées) sont dans le même état que le 12 février 2015, jour de la profanation. Comment le comprendre ? Henri Dreyfus, l’administrateur du Consistoire du Bas-Rhin qui suit le dossier, explique à Haguesher que le coût global de l’opération visant à effacer toute trace du forfait serait compris entre cinq cent et huit cent mille euros. Une somme considérable. Pour les familles, le prix serait exorbitant si elles devaient régler les factures elles-mêmes comme l’ont fait les deux foyers américains concernés. C’est pourquoi elles attendent impatiemment l’aide des compagnies d’assurance. Le hic est que ces subsides ne seront débloqués qu’à l’issue de la procédure judiciaire en cours, qui pourrait se traduire par l’octroi de dommages et intérêts. Une audience aura lieu fin mars. Cinq jeunes comparaîtront pour avoir profané les lieux. Mais il n’est pas sûr que ce premier procès mette un point final à l’affaire pénale et débouche sur des résultats concrets en terme financier…Quoi qu’il en soit, la rénovation suppose que les devis aient été préalablement élaborés et validés. Ici encore se cache un problème juridique : la maîtrise d’ouvrage est confiée statutairement à la mairie de Sarre-Union. Or, les circuits administratifs n’ont pas permis d’obtenir les documents rapidement, d’autant que personne ne sait au juste comment et quand seront réunies les sommes nécessaires ! Les assurances ne couvriront qu’une partie des frais. « Il manquera des centaines de milliers d’euros », déplore Henri Dreyfus, qui ne voit aucune solution à moyen terme. Le président François Hollande s’est certes rendu sur place, le 17 février 2015, et a promis l’aide de l’Etat. Mais on ne connaît son montant que depuis quelques mois : soixante-six mille euros. C’est nettement insuffisant et le premier versement (dix-neuf mille euros) date de novembre 2016. Il a été complété depuis, mais seuls quarante-trois mille euros sont utilisables à l’heure actuelle. Le Consistoire et la mairie ont donc décidé de restaurer une trentaine de sépultures récentes avec cette somme.  Quant aux autres… Il faudra attendre la fin de la procédure et les versements des assureurs. Ensuite ? « Le cimetière est très ancien et de nombreux défunts n’ont plus de famille connue. Cela signifie qu’il n’y aura pas d’argent privé pour leurs tombes dégradées… D’autre part, si le soutien de l’Etat n’est pas franchement revu à lahausse, une partie des lieux restera abandonnée et les traces de la profanation ne pourront être effacées partout », indique avec amertume Henri Dreyfus. Ces dernières semaines, il a beaucoup échangé avec le sous-préfet de Saverne, espérant que ce dernier use de son influence pour trouver des fonds publics supplémentaires. Du côté des institutions communautaires hexagonales – Consistoires régional et central en tête -, le défi dépasse largement leurs possibilités financières, dans un contexte budgétaire en crise. Sans solution, les représentants du culte juif feront-ils appel, le cas échéant, à des mécènes ou organisations de la diaspora américaine pour rendre au cimetière de Sarre-Union son visage d’antan ? Il est trop tôt pour le dire. Axel Gantz