23 Av 5779‎ | 24 août 2019

Le premier acquis de la rencontre Trump-Nétanyaou

Prime Minister Benjamin Netanyahu seen with his advisers at the President's Guest House, in Washington, D.C., February 14, 2017, ahead of Netanyahu's first meeting with Donald Trump since becoming the president. Photo by Avi Ohayon/GPO *** Local Caption *** ביבי בנימין נתניהו שרה יועצים דונלד טראמפ טיסה טס מגיע פגישה ארצות הברית אמריקה נשיא

A l’heure où nous mettions sous presse (mardi soir), la rencontre entre le président américain et le premier ministre israélien était encore en préparation. Mais l’on pouvait déjà indiquer une retombée politique importante : la mobilisation des ministres Likoud derrière leur chef de file. Explication de ce ralliement massif : la rivalité avec Benett. Analyse

Naftali Benett, le casse-tête de Nétanyaou

Ce n’est pas nouveau mais au cours des derniers mois, c’est devenu une évidence incontournable : Naftali Benett aspire à remplacer Binyamin Nétanyaou au poste de Premier ministre. Peut-être le ministre de l’Education sait-il des choses que le commun des mortels en Israël ignore concernant l’issue des enquêtes dans lesquelles Mr Nétanyaou est actuellement empêtré, mais une chose est sûre : le leader du Foyer Juif ne cesse de multiplier les déclarations provocantes dans le seul et unique objectif de s’imposer comme le chef de file incontestable et incontesté de l’aile droite nationaliste. Et dans ce domaine, le paroxysme a été atteint en fin de semaine dernière, lorsque Naftali Benett a sommé le Premier ministre de ne pas mentionner, lors de sa rencontre de mercredi soir avec Donald Trump, le fameux principe de « Deux états pour deux peuples », à moins que ce ne soit pour annoncer solennellement qu’il le considérait comme caduque et révolu. Pour Benett, l’arrivée de Trump à la Maison Blanche est une opportunité historique qui doit permettre de modifier la sémantique accompagnant le conflit israélo-palestinien depuis plus de deux décennies. Pour l’enfant terrible de la droite israélienne, il faut saisir l’occasion qui se présente avec l’arrivée de Trump pour reléguer aux calendes grecques l’idée même d’un État palestinien aux côtés d’Israël et la remplacer par l’instauration d’un État binational qui s’étendra de la Méditerranée au Jourdain et qui offrira aux Palestiniens une autonomie pleine et entière sur la population, mais pas sur la terre. Mais si Nétanyaou devait, à la Maison Blanche, cautionner, comme lors de son discours de Bar Ilan du 11 juin 2009, le principe des « Deux états », cela serait là une colossale erreur, qui empêcherait de remettre les pendules à l’heure d’Israël et surtout à l’heure des partisans du Grand Israël. Ce faisant, Benett reste égal à lui-même et il persiste dans la voie ferme et claire qu’il fait entendre depuis plusieurs mois et qu’il a accentuée avec l’élection de Trump et l’évacuation d’Amona. Mais laissons quelques instants Benett. Car ce qui est intéressant de constater en particulier ces derniers jours, c’est le positionnement de l’ensemble des ministres du Likoud quant à la conduite à adopter avec l’arrivée de Trump à la Maison Blanche. Certains, comme le ministre des Transports et des Renseignements, Israël Katz estiment que l’heure est particulièrementpropice à la construction dans la partie est de Jérusalem et dans les blocs d’implantations et ils ont obtenu satisfaction avec l’annonce de la construction de plus de 5 000 unités de logement dans ces régions et même dans certaines localités isolées. D’autres, plus « radicaux » comme le ministre de la Sécurité Intérieure Guilad Ardan sont prêts à s’aligner en partie sur Benett et à réclamer par exemple l’annexion de Maalé Adoumim et peut être aussi du Gouch Etsion.
L’habile tactique de Nétanyaou

Face à eux, et c’est un comble, Binyamin Nétanyaou se retrouverait, en soutenant la solution à deux États, en minorité dans son propre parti. En effet lors de la dernière réunion du cabinet restreint pour la sécurité nationale, dimanche à Jérusalem, le Premier ministre a appelé à la prudence en perspective de sa rencontre avec Donald Trump : « Nous pouvons compter sur un Président bien plus favorable à la Maison Blanche mais il faut agir avec sagesse. Un président plus favorable ne signifie pas qu’il faille agir sans limites ». Au cours de cette importante réunion qui a duré plus de 4 heures, Mr Nétanyaou a expliqué que le président Trump avait la ferme intention de parvenir à un accord qui règlerait le conflit israélo-palestinien et il a précisé en réponse à Benett qu’il ne renonçait pas à la solution à deux États. Pourquoi donc le Premier ministre ne tient pas compte des voix de plus en plus fortes au sein de son gouvernement qui s’expriment contre ce principe ? L’explication la plus limpide est d’ordre tactique : si à Washington, Nétanyaou suit les conseils de Benett et se rétracte publiquement de son engagement en faveur des deux États, il sera alors montrédu doigt, et sera considéré comme le principal réfractaire à un règlement, ce qui pourrait ne pas plaire à Trump. Par contre s’il continue à cautionner ce principe, même du bout des lèvres, il n’aura que plus de force pour exiger à la Maison Blanche, la reconnaissance solennelle par les Palestiniens de l’Etat d’Israël comme État nation du peuple juif, une revendication que Trump a appuyé fermement durant sa campagne et qui paraît tout ce qui a de plus logique au nouveau président. Et comme Abbas et ses sbires sont dans l’incapacité de reconnaître une telle évidence, ils seront pris au piège. Trump ne manquera pas de les accuser de torpiller le processus et Nétanyaou aura alors le beau rôle. Elémentaire, mon cher Donald ! En s’envolant lundi vers Washington, le Premier ministre a obtenu un soutien sans équivoque de la part tous ses ministres du Likoud, y compris de ceux qui s’exprimaient en faveur d’une annexion partielle en Judée et Samarie. Il les a donc peut-être persuadés que face à un président aussi imprévisible que Trump, sa tactique était la plus sage à adopter. Mais ce n’est pas tout : il semble que les ministres Likoud aient voulu eux-mêmes se démarquer de la ligne « dure » prônée par Benett. Et ce ne serait pas par hasard. En effet, derrière son positionnement plus radical, Benett semble représenter de plus en plus une menace pour le Likoud. Benett semble estimer que tôt ou tard, les enquêtes judiciaires vont rattraper Binyamin Nétanyaou et le contraindre à démissionner. Et lorsque cela se produira, il voudra être là pour s’imposer comme un potentiel Premier ministre. Mais Benett sait aussi que pour devenir chef du gouvernement, il faut pouvoir compter sur le soutien organique d’un grand parti comme les Travaillistes, le Likoud ou même accidentellement Kadima. Jamais personne n’est devenu chef du gouvernement en partant d’une formation de taille moyenne comme le Foyer Juif. Voilà pourquoi, selon l’un des scénarios qui circuleraient dans l’entourage du ministre de l’Education, Benett pourrait, dans la perspective d’élections législatives anticipées, consécutives à un retrait de Nétanyaou, profiter du chaos qui règnera alors au Likoud « ouvrir » au maximum les rangs du Foyer juif afin qu’il accueille les réfugiés du grand parti de droite en perdition et puisse alors forger une formation qui serait créditée d’au moins une vingtaine de mandats. Il pourrait alors faire jeu égal avec Lapid et l’on assisterait alors à un combat des « frères » qui propulserait à la tête du pays une nouvelle génération de leaders. Ce n’est pour l’instant qu’un cas de figure intéressant mais qui, semble-t-il, a déjà conduit les ministres Likoud à faire front commun et à se regrouper autour de Binyamin Nétanyaou, à la veille de sa rencontre cardinale avec le président Trump.

Daniel Haïk