24 Heshvan 5780‎ | 22 novembre 2019

Le Hamas se prépare pour la prochaine guerre de Gaza

Members of Palestinian security forces loyal to Hamas ride a pickup truck as they are deployed to maintain security on the border of southern Gaza Strip with Egypt, April 21, 2016.

Le regain de tension enregistré la semaine dernière à la frontière-sud d’Israël n’est qu’une indication – parmi beaucoup d’autres facteurs – montrant que le Hamas de Gaza et les groupes djihadistes de la presqu’île du Sinaï procèdent à d’intenses préparatifs en vue d’un prochain conflit central contre Israël.
Même si c’est un groupuscule affilié à l’une des branches égyptiennes appelée Wilayet Sayna de l’Etat islamique (Daësh) dans le Sinaï qui a revendiqué le tir d’une roquette sur Eilat dans la nuit du 8 février dernier pour raviver les tensions Israël-Hamas et même si, pour l’instant, le Hamas ne semble pas vouloir déclencher dès maintenant une nouvelle guerre contre sa grande voisine (alors qu’une autre roquette avait été aussi tirée le 6 février sur des soldats de Tsahal en faction sur la frontière), c’est une évidence que le front-sud de l’Etat hébreu est en train d’à nouveau se réchauffer après une assez longue période d’accalmie. Ce qui explique pourquoi les ripostes israéliennes à ces deux tirs ont frappé des cibles du Hamas de Gaza, le « gouvernement » islamiste de la Bande étant désormais tenu entièrement responsable par Tsahal de tous les débordements et agressions sécuritaires – de plus en plus nombreux ces derniers temps – provenant de n’importe quel groupe armé de Gaza ou du Sinaï. D’ailleurs, le communiqué de protestation du Hamas à ces ripostes israéliennes en dit long sur les intentions réelles qui animent le mouvement islamiste : « C’est l’occupation israélienne [de quels territoires, Israël ayant entièrement évacué Gaza en 2005 ? -Ndlr] qui paiera les retombées de la dernière escalade contre la Bande de Gaza » …

Une agressivité tenant à la convergence de plusieurs facteurs

Plusieurs éléments peuvent expliquer ce regain de tension et la multiplication des incidents plus ou moins importants enregistrés depuis des mois le long de la frontière de Gaza. D’abord le fait que le Hamas n’a strictement jamais renoncé à sa stratégie de destruction d’Israël, malgré le fait que le rapport de force militaire n’est pas du tout en sa faveur. Et ce d’autant que, contrairement à certaines rumeurs de presse qui ne cessent de réapparaître sporadiquement, le Hamas, qui escompte un jour gouverner la Grande Palestine allant du Jourdain à la Méditerranée, n’est nullement prêt à reconnaître Israël même dans ses limites d’avant la Guerre des Six Jours de juin 1967. Autre considérant qui pourrait pousser plus tôt que prévu le Hamas à vouloir à nouveau se confronter à Israël : la très mauvaise situation économique et le large mécontentement populaire enregistrés depuis 18 mois et récemment mesurés avec précision par plusieurs sondages palestiniens (71 % des interrogés estimant ainsi que leur pouvoir d’achat a beaucoup chuté en 2016 par rapport à 2015) constituent des facteurs très explosifs potentiellement générateurs d’une conflagration… Car le gouvernement Hamas – même s’il vient de recevoir une aide financière et matérielle ponctuelle de la Turquie et du Qatar qui ne l’ont pas rendu pour autant plus populaire dans la rue palestinienne – pourrait « jouer avec le feu » en s’en servant pour déclencher une « guerre dérivative » contre l’Etat hébreu…
Tout un arsenal de préparatifs militaires anti-israéliens !
Voilà pourquoi il n’a jamais cessé, depuis la fin de l’Opération Bordure protectrice, de déployer d’énormes efforts financiers et militaires pour se réarmer et se réorganiser afin de porter à Israël des frappes stratégiques significatives lors du prochain conflit. Et ce, au moyen d’une panoplie démultipliée de moyens « classiques » et nouveaux : ses roquettes et missiles à courte ou moyenne portées, des assassinats et kidnappings de soldats et de civils israéliens grâce à l’utilisation de la vingtaine de tunnels stratégiques qu’il a pu à nouveau construire sous la frontière de Gaza, mais aussi des infiltrations de ses commandos-marins d’hommes-grenouilles en Israël même, l’envoi de drones de plus en plus perfectionnés portant des charges explosives et des attaques informatiques censées devenir de plus en plus insidieuses de la guerre cybernétique. En fait, la véritable question qui se pose désormais est de savoir qui déclenchera le prochain conflit : une attaque préventive et très destructrice de Tsahal contre des cibles très « sensibles » à Gaza, ou bien une large offensive-surprise du Hamas ? Richard Darmon