18 Nisan 5779‎ | 23 avril 2019

L’impossible « déradicalisation » des djihadistes français

French gendarme and police stand at the entrance of the Fleury-Merogis prison near Paris after the arrival of a police convoy believed to be carrying Salah Abdeslam, believed to be the sole survivor among a group of Islamist militants who killed 130 people in Paris in November, France, April 27, 2016. Salah Abdeslam, a key suspect in November's Paris attacks, was put under formal investigation by French magistrates on Wednesday on charges of belonging to a terrorist organisation, murder, kidnapping and holding weapons and explosives. REUTERS/Christian Hartmann TPX IMAGES OF THE DAY - RTX2BXS2
Vingt-cinq mille exemplaires vendus en quatre jours seulement : « Les Revenants », qui vient de paraître aux éditions du Seuil, est déjà un succès de librairie. C’est le premier ouvrage entièrement consacré aux djihadistes français : un recueil de témoignages auprès de jeunes radicalisés partis combattre aux côtés de Daech et de retour dans l’Hexagone. L’enquête est signée David Thomson, ex-correspondant de Radio-France-Internationale (RFI) en Tunisie. Elle démonte les clichés qui courent sur cette population très particulière.
Le journaliste explique que si « la phase d’euphorie révolutionnaire est clairement terminée pour les revenants, en revanche leur détermination demeure entière. La majorité se dit déçue de son expérience, mais n’est pas repentie pour autant. Certains sont devenus partisans d’Al-Qaïda, d’autres restent animés d’intentions terroristes sans être affiliés à un groupe. Ils considèrent qu’islam et djihad sont deux notions inséparables, que l’on ne peut pratiquer l’un sans l’autre. Une interlocutrice me confiait avoir vécu l’attentat contre le journal Charlie Hebdo comme le plus beau jour de sa vie… »
David Thomson évoque la « prétendue déradicalisation » en des termes très durs et souvent amers. Pour lui, c’est une pure et simple « tartufferie » des autorités. Car si de rares djihadistes entament parfois, à titre individuel, un processus de repentir, les programmes pédagogiques collectifs seraient totalement inefficaces. « Le principal cursus mis en place par l’État entre 2014 et 2016 a été discrédité par plusieurs échecs spectaculaires, remarque l’auteur. J’ai mené des entretiens auprès d’individus ayant suivi certaines cessions. On leur parle comme à des alcooliques anonymes, comme si on avait à traiter une pathologie psychiatrique. Il ne faut pas évacuer cette dimension des choses, mais la détermination politique et religieuse de ces jeunes est centrale dans leur engagement. Dire qu’ils ne sont pas croyants arrange beaucoup de monde, les faire passer pour des crétins ignares et fous permet d’éviter les questions délicates ». Le journaliste insiste dans son ouvrage sur l’interprétation salafiste et quiétiste de l’islam qui représente à ses yeux un « sas » vers le djihad à la française.
Il pousse le raisonnement plus loin en affirmant que l’islamisme violent n’est en rien un projet « nihiliste », comme on ne cesse de le répéter en Occident. « C’est le contraire, dit-il : les personnes concernées sont mues par l’espoir d’un paradis céleste et par une idéologie structurante, qui apaise des identités complexes, confuses et conflictuelles ».
Axel Gantz