4 Adar 5778‎ | 19 février 2018

François Fillon plébiscité à droite : et maintenant ?

Pour l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, le score exceptionnel de l’ancien Premier ministre à la primaire de la droite annonce une « révolution conservatrice » en mai prochain. Est-ce une bonne nouvelle pour notre communauté ? Analyse.
La mise en œuvre du programme libéral de François Fillon pourrait globalement satisfaire la communauté juive, qui vote largement à droite depuis le milieu des années 2000. Les indépendants (patrons de PME, médecins, avocats…), en particulier, sont exaspérés par une ponction fiscale jugée confiscatoire et une bureaucratie qui absorbe près de 60 % de la richesse nationale, record absolu en Occident. Quand le candidat désigné de la droite à la présidentielle envisage de supprimer cinq cent mille postes de fonctionnaires, aligner les régimes de retraite privés et publics, simplifier les procédures administratives, alléger une paperasserie parfois kafkaïenne et encourager les investissements, beaucoup de citoyens applaudissent et, parmi eux, la grande majorité des Juifs. En même temps, chacun s’interroge : ce programme est-il applicable dans un pays aussi colbertiste que la France ? François Fillon se réclame de Margaret Thatcher, mais peut-on imposer une cure de libéralisme à une population fragilisée socialement par les conséquences de la mondialisation et de la numérisation du travail ? La victoire probable du camp conservateur, en mai, ne risque-t-elle pas de se traduire par des affrontements violents, des grèves et manifestations à répétition et finalement un blocage politique qui pourrait accélérer l’alya, en baisse relative depuis un an ?

Seconde interrogation : le plébiscite du 27 novembre en faveur de l’ancien Premier ministre (il a remporté plus de 67 % des suffrages contre 33 % seulement pour Alain Juppé) ne va-t-il pas provoquer un effet boomerang dont pourrait profiter le Front national ? Dès la divulgation du résultat du vote, Marine Le Pen s’est empressée de fustiger « le pire programme social » de l’histoire de la Ve République. « Un programme d’une violence inouïe », a renchéri son numéro deux Florian Philippot. « Jamais un candidat n’est allé aussi loin dans la soumission aux exigences ultra libérales de l’Union européenne », a martelé la présidente du parti d’extrême droite. Le danger est là : un grand nombre d’électeurs de gauche, à commencer par les fonctionnaires qui risquent de perdre des avantages patiemment grappillés depuis la Libération, pourraient être tentés par un vote FN « utile ».

En effet, on voit mal la gauche au second tour de la présidentielle, car elle est en miettes. Le Parti radical de gauche (PRG) vient de choisir une candidature indépendante, celle de l’ex-ministre du Logement Sylvia Pinel. Emmanuel Macron se présentera de façon « irrévocable » sans passer par la case primaire. Enfin, Manuel Valls devrait concourir à ladite primaire contre François Hollande, si ce dernier décide de se lancer dans la course malgré sa cote de popularité catastrophique. Comment une gauche si divisée pourrait-elle faire mieux que Marine Le Pen au premier tour et se qualifier pour le second ? Ceux qui craignent la fin du modèle social hérité des Trente Glorieuses voteront-ils FN ? Les derniers sondages indiquent que la candidate frontiste serait largement distancée par François Fillon en cas de duel : 35 % contre 65 % environ. Mais ces enquêtes ont été réalisées dans l’euphorie du plébiscite du 27 novembre. À six mois de l’échéance, ils sont peu significatifs.

Troisième motif d’inquiétude pour les Juifs de ce pays : le nouvel homme fort de la droite est, on le sait, un réactionnaire imprégné de christianisme rural (il a été élevé au Mans chez les jésuites et se déclare toujours pratiquant), il véhicule certains préjugés, ne cache pas son aversion pour la ché’hita, l’abattage rituel, et son incompréhension à l’égard de la cacherout. Il est favorable à des pressions tous azimuts sur Israël et parle en termes brutaux de la « colonisation » en Judée-Samarie. Certains réseaux de la « fachosphère », autrement dit des militants nationalistes, catholiques intégristes, carrément antisémites (comme les royalistes de l’Action française), etc., l’ont bruyamment soutenu.

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