4 Adar 5778‎ | 19 février 2018

Fidel Castro et les Juifs

Le leader historique de la révolution cubaine, Fidel Castro, s’est éteint, vendredi dernier, à l’âge de 90 ans. Durant des décennies, il a plutôt entretenu des relations tendues avec la communauté juive. Ses déclarations hostiles ont parsemé ses discours et interviews au cours de sa longue carrière. Jusqu’à son revirement en 2010 et son rapprochement avec Israël et le peuple juif.

En 1959, lors de la prise de pouvoir militaire à Cuba par Fidel Castro, les restrictions draconiennes de la liberté d’expression et de réunion persuadent 90 % des 15 000 Juifs de Cuba de quitter l’île, et d’émigrer principalement vers Miami. Pourtant, certaines figures de cette communauté comme Fabio Grobart (Abraham Simjovitch de son vrai nom, originaire de Pologne), Manuel (Stolik) Novigrod et Enrique Oltuski (originaire de Biélorussie) ont été des acteurs dominant du renversement de régime.

Dans les années 1960, les Juifs qui sont restés à Cuba, essentiellement issus de la classe moyenne, ont été amenés à servir dans des camps de travail forcé, mais n’ont pas été ciblés en tant que groupe ethnique par le gouvernement castriste.

Jusqu’en 1967 et la guerre des Six Jours, le nouveau leader des Caraïbes développe des relations diplomatiques et économiques avec Israël. Mais après la victoire éclair de Tsahal sur les armées arabes, la situation se modifie brusquement. Les forces révolutionnaires poussent à la rupture des relations diplomatiques avec l’État juif, ainsi qu’à un engagement croissant aux côtés des pays arabes. Malgré son admiration initiale pour Israël, Fidel Castro finit par combattre le sionisme, notamment par la propagande antisémite. Les journaux se mettent à présenter de plus en plus souvent des caricatures juxtaposant étoile de David et croix gammée nazie.

Avec la chute de l’empire soviétique, le régime s’assouplit. En 1991, la vie juive sur l’île renaît et la communauté reprend peu à peu conscience de sa riche histoire. Un an après, le Comité du Joint est autorisé à fournir des soins de santé et une éducation juive à la communauté cubaine. Parallèlement, l’Agence juive conclut un accord secret avec le gouvernement castriste pour faciliter l’immigration vers Israël. Un bureau spécial est ouvert à l’ambassade du Canada à La Havane pour traiter les demandes d’émigration vers la Terre promise.

En 1994, le grand rabbin ashkénaze d’Israël, le rav Its’hak Méïr Lau, rencontre Castro à Cuba pour discuter de la situation de la communauté juive locale. Il demande au leader d’approuver l’importation de viande casher, mais le dirigeant cubain rejette sa requête, prétextant que cela risquait d’alimenter l’antisémitisme dans son pays : « Je vous ai dit que je combattais le phénomène de l’antisémitisme dans mon pays. … Voulez-vous rendre mon peuple antisémite ? Nous avons la pratique d’allouer 150 grammes de pain par jour, mais les Juifs de Cuba auraient-ils de la viande ? [Le peuple cubain] aurait une haine horrible envers eux, les envierait énormément et pillerait leurs maisons. Si, dans ces conditions, vous voulez importer de la viande casher pour les Juifs, vous allez vous-même créer l’antisémitisme que je n’ai cessé de combattre tout le temps. »

Néanmoins en 1998, le « Líder Máximo » révise la constitution cubaine pour permettre une plus grande ouverture religieuse, aboutissant à l’admission de Juifs religieux au parti communiste.

En 2006, la communauté juive de Cuba célèbre son 100e anniversaire. L’année suivante, elle obtient enfin l’autorisation d’ouvrir une boucherie casher, la seule de toute l’île. Et en 2007, un rabbin est nommé pour la synagogue de La Havane.

À partir de 2010, Castro se montre de plus en plus empathique envers le peuple juif. Il critique la négation de la Shoah. Il déclare que la religion et la culture juives ont maintenu les Juifs en nation en dépit de 2 000 ans de persécution et de pogroms. « Les Juifs ont été calomniés beaucoup plus que les musulmans parce qu’ils sont blâmés et dénigrés pour tout. Personne ne blâme les musulmans pour rien. » Cette année-là, « El Comandante » finit par admettre sans équivoque le droit d’Israël à exister. Aujourd’hui, Adath Israël est la seule synagogue orthodoxe à Cuba.

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