29 Iyyar 5777‎ | 25 mai 2017

Mordé’haï Haffkine ou l’histoire oubliée d’un destin juif exceptionnel

À l’occasion de la sortie, ces derniers jours, de la biographie de Mordé’haï Haffkine écrite par le Dr Joël Hanhart, Haguesher revient sur son histoire hors du commun. Immense bactériologue né en Russie et mort en Suisse, Haffkine aura réussi à avoir un impact considérable sur la médecine et sur le peuple juif.

Une enfance privée de Yiddishkeit.
En 1860 naît à Odessa, capitale juive de la Russie impériale Mordé’haï Haffkine dans une famille juive très assimilée. Il reçoit une éducation conforme à l’idéologie du mouvement assimilationniste de la Haskala. À savoir qu’elle met l’accent sur la culture générale, les sciences et les langues, en laissant de côté la tradition juive. Personne ne lui apprend à déchiffrer l’hébreu, ou à parler Yiddish. Pourtant, il s’intéresse à ses racines juives, et très rapidement, commence à être actif dans différents organismes communautaires. En parallèle, il entame de brillantes études de médecine sous la direction d’Élie Metchnikov, prix Nobel de médecine, mondialement connu.

La création de la Ligue de défense juive anti-pogrom et son départ de Russie.
L’adolescence de Haffkine est marquée par de violents pogroms contre les Juifs. Haffkine et quelques amis mettent en place une ligue de défense anti-pogrom : il s’agit d’armer les populations juives afin qu’elles puissent tirer en premier face aux assaillants antisémites. Haffkine est alors arrêté et mis en prison pour port d’armes avant d’être expulsé de l’université. Grâce à Metchnikov, il réussit à réintégrer l’université, mais on lui annonce que pour obtenir son diplôme, il doit se convertir à l’Église orthodoxe. C’en est trop pour Haffkine qui décide de s’exiler vers l’étranger. Après un bref passage à Genève, il se retrouve à Paris à l’Institut Pasteur dont il devient l’un des bibliothécaires. C’est la « grande époque » de la recherche en bactériologie, et Haffkine réussit à se faire remarquer par Pasteur lui-même. Quand ce dernier lui demande de se présenter, Haffkine répond par les simples mots « je suis juif ».

Son vaccin contre le choléra
À l’Institut Pasteur, Haffkine pense avoir trouvé un vaccin contre le choléra, maladie qui tue encore énormément à cette époque. En cherchant un endroit pour expérimenter son vaccin, il se tourne vers l’Inde et part y vivre en 1894. Son vaccin est une grande réussite et, très rapidement, il devient une personnalité publique. Quand une épidémie de peste se déclare, Haffkine réussit en quelques semaines à mettre au point un autre vaccin : c’est ainsi qu’il rentre dans le panthéon des sauveurs de l’humanité du XIXe siècle.

Haffkine va vivre au total 22 ans en Inde. Les autorités lui aménagent un grand laboratoire, qui porte son nom, et dans lequel il développe de nouveaux vaccins qu’il diffuse dans le monde entier. C’est aussi durant cette période qu’il se rapproche de la célèbre famille Sasson à Bombay. Et c’est en les côtoyant qu’il devient pratiquant. Bien plus que ça, on le retrouve souvent en train de parler aux soldats juifs des forces coloniales anglaises pour les encourager à garder les Mitsvot !

Un scandale aux relents d’antisémitisme
En 1902, Haffkine est pris dans la tourmente quand 19 personnes meurent après avoir reçu un de ses vaccins. Bien que l’enquête prouve que la cause de la mort résulte de la négligence de la part du médecin, la carrière de Haffkine s’en trouve très affectée. Beaucoup à cette époque y voient une attaque antisémite destinée à le faire tomber. La réhabilitation de Haffkine, quelques années plus tard, ne lui permet pas de retrouver son statut d’antan, et il envisage de se rendre en Erets Israël où un poste à l’Université Hébraïque l’attend. Mais voici que la Première Guerre mondiale débute, et que toutes les frontières entre l’Inde et l’Empire ottoman se ferment. Face à cette situation imprévue, il décide alors de se rendre aux États-Unis.

Une rencontre décisive avec le judaïsme libéral.
Arrivé aux États-Unis, Haffkine est confronté aux mouvements juifs libéraux. Atterré par ce qu’il voit, il rédige son fameux « Plaidoyer pour l’orthodoxie » qui va être extrêmement publié et diffusé dans les années qui vont suivre. Pour Haffkine, science et orthodoxie ne s’opposent pas, bien au contraire. Pour ce grand professeur de médecine, la science ne fait que réaffirmer l’éternité de la Torah. C’est dans cette même lancée qu’il décide en 1926, de retour en Europe, de lancer le plus grand projet de sa vie : une fondation en soutien aux yéchivot. Haffkine a accumulé au fil des années beaucoup d’argent grâce aux royalties de ses vaccins. Il décide de consacrer la totalité de cette somme à aider les yéchivot. Il vit d’ailleurs dans des conditions misérables jusqu’à la fin de sa vie afin de consacrer le maximum de fonds pour ce projet.

Haffkine disparaît le 26 octobre 1930 à Lausanne et le monde entier se souvient de ce géant de la médecine. Bien que le personnage de Haffkine ait été oublié ces dernières années, son fonds sert jusqu’à ce jour à soutenir de nombreuses yéchivot comme celles de Mir ou de Poniovitz. Une vie investie à sauver des corps et des âmes.

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