4 Adar 5778‎ | 19 février 2018

Alain Juppé et Francois Fillon : Que pensent-ils d’Israël ?

Les résultats du tour des Primaires à droite avec la nette victoire de François Fillon et l’échec de Nicolas Sarkozy ont surpris même si cette tendance se dessinait assez nettement ces dernières semaines. Au lendemain de ce scrutin et en perspective du second tour, Haguesher a demandé à l’une des voix les plus portantes de la Droite, au sein de la communauté juive, Me Gilles-William Goldnadel, de les analyser et de nous donner son appréciation sur le positionnement de Fillon et Juppé envers Israël.

– Haguesher : Après ce premier tour des primaires de la Droite (et du Centre), est-il prématuré ou erroné d’affirmer que François Fillon sera en mai 2017 le prochain président de la République ?
– Gilles-William Goldnadel : Vous savez bien que ce qui caractérise aujourd’hui les scrutins dans le monde occidental, c’est leur imprévisibilité totale. Comme on l’a vu récemment avec l’élection de Donald Trump, il serait très risqué de se livrer six mois avant les présidentielles en France à un pronostic sérieux. J’invite les observateurs à la plus extrême des humilités et des circonspections. Mais je me permets d’affirmer que les résultats du premier tour de cette primaire à droite, sont un véritable séisme politique, qui confirme l’effondrement de la gauche française.
– Comment expliquez-vous la nette victoire de François Fillon ainsi que son impressionnante remontée de ces trois dernières semaines ?
– Il y a trois facteurs qui se sont conjugués : d’abord, l’effondrement de Nicolas Sarkozy. Cet effondrement est principalement causé par le fait qu’il inspire une détestation à gauche, mais aussi au sein de la Droite, bien plus forte qu’on ne l’imaginait. Il s’avère que Nicolas Sarkozy a perdu, à cause de son premier mandat, une solide part de sa crédibilité. Seconde explication : la déconvenue de Juppé. Il s’avère que la « potion multi-culturaliste douce » qu’il proposait n’a pas séduit le « peuple de Droite ». Il a présenté cette potion comme une tisane à boire avant de se coucher et comme une forme de résignation tranquille. Et cela l’électorat de Droite n’en a pas voulu. La troisième explication, c’est François Fillon qui après avoir décelé les points faibles de ses adversaires, a fait campagne pour présenter ce qu’Alexis Brezet a appelé fort justement dans le Figaro, la « Droite tranquille ». Notamment dans les débats télévisés, il a adopté un ton paisible et patelin qui visiblement a rassuré le peuple de Droite. Finalement, je dirais que Fillon, c’est le Front national tranquille. C’est le Front national avec un programme économique moins extravagant que celui du FN et sur le plan sociétal, une proposition plus conservatrice, mais tout aussi identitaire que celle du FN, sans qu’elle ne puisse être « diabolisable ».
– Son message identitaire est aussi prononcé que celui du FN ?
– Il ne faut pas oublier que Fillon a été le Premier ministre de Sarkozy et que tout ce que l’on reproche à Sarkozy sur le plan de la maîtrise de l’immigration, sur son rapport à l’islam, on pourrait aussi le reprocher à Fillon. Fillon est aujourd’hui très clairement contre l’islam politique. Et de facto, son arrivée sur le devant de la scène est une très mauvaise nouvelle pour Marine Le Pen qui aura bien du mal à le combattre. De même que je considère que la propulsion en tête de Fillon est un véritable camouflet pour François Hollande. Bref, c’est ce qui pouvait arriver de pire tant pour le FN que pour les Socialistes. Voilà pourquoi je pense que, dimanche, le peuple de droite, à l’exception du FN, a été extrêmement intelligent.
– N’y aura-t-il pas de report de voix de sarkozystes déçus vers le FN ?
– Mais bien sûr : il y en aura comme il y aura en mai d’autres reports, mais pour ceux qui ne voulaient pas le FN, Fillon est un choix assez malin.
– On a le sentiment, au travers de ces Primaires que la France reste électoralement très sage, par rapport aux frasques américaines ou aux choix inattendus du Brexit britannique…
– Je pense que si l’offre aux États-Unis avait été différente, les Américains ne se seraient pas sentis obligés d’élire un président aussi mirobolant. L’offre de François Fillon est celle d’un homme qui tient la route, résolument à droite, mais qui en même temps présente une façade très calme et respectable. Si un électeur républicain de Trump avait eu un candidat comme Fillon, il l’aurait probablement soutenu.
– François Fillon et Alain Juppé, pour la communauté juive et Israël, c’est dans le meilleur des cas, une double inconnue ?
– J’ai l’impression, mais je peux me tromper que la communauté savait où elle allait avec Nicolas Sarkozy. Elle se trouvait en terrain connu. Bien sûr, elle avait été déçue par son premier mandat et son positionnement envers Israël, mais elle semblait comprendre que Sarkozy ne les « trahirait » pas complètement. C’est vrai qu’avec Fillon, c’est plus compliqué. Certes lors du dernier débat, il avait eu un mot pour Israël en affirmant que Daech voulait jeter les Juifs hors d’Israël. Ce qui est rigoureusement vrai, et personnellement je ne pense pas que Daech soit seul dans le monde arabo-musulman à nourrir ce projet. Mais je pense que pour Fillon, c’était le « minimum syndical » pour montrer à la communauté qu’il n’était pas hostile. Cela étant, François Fillon a tellement fait montre de sympathie pour la politique russe en Syrie qu’il a dit qu’il fallait dialoguer avec le Hezbollah, qui est au moins dans sa branche militaire, un mouvement terroriste, car il luttait contre Daech. Il est donc difficile de se faire une idée claire. Ce n’est certainement pas pour rassurer ceux qui ont la sécurité d’Israël à l’esprit. Mais je tiens à remarquer que c’est exactement la même inconnue que le FN. Ce qui confirme ce que je vous disais : Fillon, c’est le FN moins diable. En ce qui concerne Juppé, il était l’espoir des banlieues qui l’identifiaient comme le plus proche à droite de leur cœur. Mais l’honnêteté m’oblige à dire que Juppé a été le seul durant la campagne à expliquer combien l’Iran était un État dangereux qu’il fallait suivre de très près. C’est dire que pour un Juif de France qui a, à la fois la sécurité d’Israël en tête et à la fois la sécurité et l’identité de la France à l’esprit, l’offre de dimanche prochain est une offre complexe.
– Alors est-ce que l’hypothèse d’une candidature de Valls à gauche pourrait devenir une alternative réaliste pour le vote juif, si toutefois celui-ci existe ?
– Je ne le crois absolument pas. D’abord, il est évident que tout candidat de la gauche perdra les élections, et là je peux me permettre d’avancer cette hypothèse en toute certitude. Mais affirmer aujourd’hui que Valls serait à l’Élysée le plus solide soutien d’Israël n’est plus vrai. Il faut rappeler que le positionnement de Manuel Valls envers Israël au cours des derniers mois a été très décevant et sans doute pour des considérations électoralistes. Lorsqu’on a vu le Premier ministre rester assis, lors de la question posée par Meyer Habib sur l’abstention de la France à l’UNESCO le 18 octobre ; lorsqu’on l’a vu laisser dire à Harlem Désir que « la France s’était sentie dans l’obligation de s’abstenir à la question de savoir s’il y avait un lien ou non entre Jérusalem et le peuple juif, à cause de la politique israélienne d’implantations, je crois que de ce point de vue-là, Valls a beaucoup déçu. Et il a donc prouvé qu’il n’était pas automatiquement l’offre la plus séduisante pour les électeurs juifs soutenant Israël.
Propos recueillis par Daniel Haïk

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*